Archives mensuelles : novembre 2016

Espoir

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L’orchidée blanche a une place en vue dans le living.   Elle est proche d’une fenêtre au sud,  garnie d’un store qui la protège du soleil trop fort.    Mais  aujourd’hui elle déprime.   Sa floraison se flétrit avant l’heure et ses feuilles sont molles et pendantes.   La femme ne sait que faire pour cette orchidée qu’elle soigne avec amour depuis huit ans.  Elle se désole face à cette décrépitude.

Elle se souvient du jour où elle l’a reçue.   Elle n’avait jamais cultivé d’orchidée et sa fille la lui avait offerte le jour de ses vingt ans tandis qu’elle lui avait fait monter un diamant  sur une chaîne d’or et le lui avait donné en gage  d’amour éternel.   C’était alors une période de paix transitoire entre elles  après les orages qui avaient marqué l’adolescence de cette fille si rebelle.   Elles insistaient chacune pour dire à l’autre qu’elle lui offrait un beau cadeau,  que l’orchidée était une plante rare et chère pour un petit budget,  qu’un diamant sur or blanc renfermait tout l’amour d’une mère pour  sa fille.   C’était cette difficulté à communiquer même dans les bons moments.

Au jardin le jeune chien poursuit les tourterelles.   Elles viennent quérir de la nourriture dans la mangeoire à oiseaux que la mère approvisionne chaque matin.  Il aboie puis pleure lorsqu’elles lui échappent.

 Au cours des années qui ont suivi,  mère et fille se sont vues un temps régulièrement.  La fille arborait fièrement le diamant et la mère s’en réjouissait.   Mais elle passait d’un homme à l’autre et de déception en déception.   La mère se gardait de tout commentaire sur ses choix  amoureux.   Elle avait trop bien appris que tout conseil susciterait l’ire de la fille et qu’elle en prendrait automatiquement le contre-pied.    A cette époque, elle vivait avec un alcoolique qui avait le double de son âge.   Il était divorcé et père de deux fillettes qui raffolaient de cette « grande sœur »,  mais l’homme,  disait-elle, ne pouvait oublier leur mère,  il lui en parlait longuement en buvant.   Elle en avait assez.   Elle allait rompre.   La mère se taisait.   Dans les études de la fille, tout allait  de travers.   Elle faisait la fête chaque jour jusqu’aux petites heures et quand venait le jour de l’examen, elle fumait de l’herbe et  échouait.

La voilà maintenant qui entame une période de célibat. Elle invite sa mère tous les dimanches à boire le thé dans le coquet studio qu’elle lui a loué.   La mère n’aurait pas voulu que sa fille soit mal logée malgré leurs conflits si violents.    C’est elle aussi qui lui a offert ce service à thé, et aujourd’hui elle apporte un nouveau jean.    Mais il y a un froid entre elles,  quelque chose de palpable,  une rancœur que la mère ne s’explique pas.   Elle se rappelle les accusations de sa fille : « tu me maltraites,   tu veux me détruire… »    Ce n’était bien sûr pas le cas.    Que voulait exprimer la fille par ces phrases cruelles ? C’était une incompréhension totale, mais la mère sait que la souffrance de sa fille est bien réelle.

Son célibat s’éternise et elle s’en plaint à sa mère.   Alors celle-ci ose une suggestion : « Pourquoi ne prends-tu pas Godefroid ? »  La fille la regarde et ne dit rien.    La mère se souvient de cet adolescent que sa fille fréquentait avant la crise,  un garçon robuste, équilibré,  avec une grande aisance verbale.    Elle savait qu’il était amoureux de sa fille depuis longtemps, mais qu’elle n’en avait jamais voulu.

Trois semaines plus tard elles se retrouvent comme souvent dans leur restaurant,  celui où a eu lieu l’échange de l’orchidée et du diamant.   La fille arrive très en beauté,  elle porte des vêtements neufs que la mère ne lui connaît pas,  elle a le teint rosé et les yeux fardés.   A son cou,  une pacotille.    La fille est en verve,   joyeuse,  finalement elle avoue : « Je suis de nouveau avec quelqu’un ».   Du tac au tac, la mère répond : « Avec Godefroid ? ».   La fille ébauche un sourire, détourne le visage, mais ne répond pas.

A leur rendez-vous suivant,   elle vient accompagnée d’un grand jeune homme qu’elle ne présente pas à sa mère, car elle sait qu’elle l’a reconnu.

C’est le début d’une nouvelle époque.  La fille retrouve enfin une stabilité émotionnelle.   Recadrée, elle réussit ses études.   Mais lui,  qui habite une ville éloignée,  l’emmène bientôt loin de sa mère…  sans laisser d’adresse.   Elle n’a qu’un numéro de portable qui ne répond pas,   une boîte mail tout aussi muette  et… un numéro de compte.   Leurs visites se feront de plus en plus rares,  au point qu’aujourd’hui elle n’a plus vu sa fille depuis un an.   Elle n’a plus jamais aperçu le diamant à son cou, mais il y en a un à son doigt, qu’elle n’a pas offert.

Le petit chien revient tout joyeux du jardin.   Il attrapera une tourterelle demain c’est certain !    Elle a rempoté l’orchidée qui se meurt.   L’intervention de la dernière chance pense-t-elle.    Sa hampe florale blanche s’élance  comme un chant du cygne.    Mais dans sa décadence,  la plante a produit un rejeton qui s’est révélé vigoureux et dont les feuilles se dressent fièrement dans son pot.    L’espoir ne meurt jamais, se dit la mère.

 

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Le voile des convenances

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L’amaryllis blanche incline doucement la tête comme une jeune mariée sous le voile des convenances.

Cette jeune mariée n’est pas en blanc.   Elle porte un tailleur Chanel rose sur un chemisier de satin ivoire.   Cela se passe à la fin août.   Elle a acheté ces vêtements en solde quelques semaines plus tôt pendant sa pause de midi.  Elle était seule pour choisir.  Elle a suivi son instinct plutôt que le conseil de la vendeuse.

La fin août est glaciale cette année.   Pourtant on se presse dans la petite église.   On veut voir ces épousailles qui sortent de l’ordinaire.   Elle se marie son bébé sur les bras.

Oui elle a refusé de porter une robe blanche qui aurait dissimulé un ventre arrondi.    Elle en a trop connu de ces mariages « parce qu’il faut bien »,  dont l’heure est avancée subitement,  de ces gens qui jasent car personne n’est dupe.   Elle,  elle n’a pas voulu  de cela.  Surtout que son enfant n’est pas un « accident ».  Ils ont attendu qu’elle soit enceinte pour se marier civilement  pour des raisons financières,  ils n’avaient pas les moyens de payer le cumul des époux et s’ils se sont unis c’est pour que l’enfant ait les mêmes droits qu’un autre,  car à cette époque ce n’est pas le cas.    Devant Dieu,  elle refuse toute hypocrisie,  alors elle a attendu  que l’enfant ait un an,  qu’il soit bien planté dans les bras de son père et regarde tous ces gens autour de lui.   Ils peuvent médire,  elle se tient la tête haute, elle est fière de ce qu’elle est,  elle la rebelle qui s’est battue pour aller à l’université,  qui s’est dressée contre ses parents pour exister,  contre sa belle-famille qui ne l’accepte pas.

Sa belle-mère lui dit : « Je porte la robe du mariage de Jeanne ».   Jeanne c’est la sœur aînée de son mari, ses noces datent de dix ans.   Elle ne peut reprocher à sa belle-mère de dissimuler son hostilité.    Cette bigote qui est à la messe chez les Jésuites tous les jours à six heures du matin et qui prêche la charité est un dragon de famille,  une mère araignée qui a rejeté chacun des beaux-enfants lorsqu’ils se sont présentés.   Cela s’est passé cinq fois avant elle,  et au lieu de s’amenuiser le phénomène s’est amplifié,  surtout qu’elle est venue lui prendre son cadet,  son favori,  celui qu’elle se réservait pour ses vieux jours…   Pourtant elle était prête à aimer cette femme,  elle que ses parents ont dédaignée.   Elle rêvait d’une belle-mère chaleureuse, elle attendait une compensation de la vie.   Mais elle ne rencontrera  jamais qu’hostilité jusqu’au jour où  sur son lit de mort,  pour apaiser ses souffrances,  elle se mettra à masser son vieux corps et qu’elle gémira de bien-être…

Une vie de combats,  le sentiment de n’avoir rien compris aux choses.

Aujourd’hui elle est fatiguée.   Elle a cessé de se battre.   Les enfants ont grandi et ont quitté le foyer.   Ils savent se défendre.   Elle est dans sa maison et cultive des amaryllis dont la blancheur l’émerveille,  elle  qui ne s’est pas donné le droit à la robe immaculée,  mais qui est restée pure de toute hypocrisie.

L’autre nuit elle a rêvé qu’elle arrachait la perruque de sa mère en public.   Cette dernière n’en porte pas,  mais elle a rapidement compris la signification de ce rêve.    La vieille qui est si méchante avec elle, passe pour une gentille femme aux yeux de tous,   elle est maître dans l’art de la dissimulation.   Alors qu’elle, souvent on ne l’aime pas.   Est-ce cela le prix de la franchise ? Ce n’est pas qu’elle manque de tact,  qu’elle ne sache pas se taire,  mais elle a toujours refusé de « jouer le jeu »,  elle a toujours refusé les compromissions,  et cela ça ne plaît pas à ceux qui les acceptent.  Elle aurait dû mieux mesurer l’ampleur de la sanction.

En attendant, elle a acheté des bottines pour sa mère qui lui a dit qu’elle avait froid aux pieds.   La vieille a accepté sans rechigner.   Sans dire merci.

 

La femme, l’homme et le chien

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Elle et son chien c’est une histoire de complicité et d’amour.   Elle le sait,  le chien le sait.   Ce qu’elle ignore c’est qu’elle s’y révèle.

Elle est assise au milieu d’un groupe de connaissances,  en vacances,  et s’occupe de son petit chien.   L’homme la regarde sans qu’elle  s’en aperçoive,  trop affairée à caresser son chien qui jappe,   puis saute sur ses genoux et reçoit plein de câlins.   Elle le chatouille innocemment là où  il aime, sur le dos,  derrière les oreilles,  sans se douter qu’on la fixe…

C’est lorsqu’elle relève la tête qu’elle voit le regard de l’homme,  son visage.   Il est noyé,  ébaubi.   Elle ne comprend pas pourquoi.   Il voit qu’elle s’étonne.   Il se reprend,  détourne les yeux.

C’est un homme déjà âgé,  très sévère.   Il a occupé pendant de longues années un poste de direction dans une organisation internationale.   Ils ont sympathisé par hasard,   ces hasards qui font que des femmes sans importance  rencontrent des hommes brillants et les attirent,  même s’ils le cachent.

Depuis ce jour-là, elle s’est rendu  compte qu’il la scrutait.   Discrètement,  de loin.    Il est vrai qu’il est marié à une femme aussi brillante et sévère que lui.

Le chien devient un objet transitionnel entre eux. Il la salue brièvement et s’adresse au chien : « Bonjour,  Bill,  comment vas-tu aujourd’hui ?   C’est quoi ton programme pour la journée ? »

Il est très curieux  d’elle,  mais ne veut pas le montrer.   Elle sent son regard sur elle,  mais dès qu’elle lève la tête,  il s’éloigne.

Lorsqu’elle rentre le soir,   il est là à questionner Bill : « Alors Bill,  ça s’est bien passé aujourd’hui ? ».   C’est elle qui répond bien sûr. Elle n’y voit qu’un jeu anodin.

Il a une chienne qui s’appelle Zarka,  une grande chienne de berger qu’il mène d’une main ferme.  Il n’y a pas entre eux ces mouvements généreux,   ces embrassades déjantées,   cette folie d’amour qu’il existe entre Bill et elle.   Du moins pas en public.   Elle a appris que la chienne dormait avec lui.    Il s’est mordu la lèvre après avoir laissé échapper ce détail.   Il n’a pas l’habitude de parler de son intimité.    Elle a ainsi compris que lui et sa femme faisaient chambre à part.   Voilà qu’elle commence à s’intéresser à lui.   C’est émouvant quand un homme a les yeux qui se noient en vous regardant.

Ce jour-là  elle  rencontre dans la rue un vieux chien de la même race que Bill.   Elle entame immédiatement  la conversation avec  ses maîtres,  tout en s’extasiant sur le chien.    Elle le regarde,  lui parle,   lui fait des mimiques de tendresse,   cela dure cette conquête,  elle prend le temps, elle ne s’approche que petit à petit.  Doucement,   le chien change d’attitude,  il  était blasé au début,  mais tant de chaleur,  tant de sympathie le sortent de sa léthargie.   A un moment il ne résiste plus et se dresse sur ses pattes arrière pour lui lécher les mains.  Alors elle se penche et le couvre de câlins.    Elle ne sait pas  que l’homme est là,  derrière la vitre d’une boutique.    Il a observé toute la scène.

Le soir même il se trahit,   il lui dit qu’il l’a vue,  il lui reproche cette lenteur, cet apprivoisement.   Cela aurait duré dix longues minutes selon lui…    Elle sourit en elle-même.    Elle a compris maintenant croit-elle,   il est amoureux de sa chaleur,  de sa générosité,   il a envie  de ses caresses.    Il ne supporte pas qu’elle soit infidèle à Bill,  s’imagine-t-elle,  c’est ce qui explique son irritation  …

Aujourd’hui les vacances sont terminées depuis longtemps.    Elle repense à cette histoire.    C’est le jour de son anniversaire.   Le téléphone sonne.    Elle décroche.    C’est l’homme.    Il lui demande de ses nouvelles, embarrassé.    Elle répond,  mais bien vite la conversation stagne.   Ils ne se disent que des banalités,  et puis d’un coup, sur un ton paillard, il  lance : « Je suis dans ma chambre,   ma chienne vient de monter sur mon lit,  je la caresse… ».  Il se tait,  il lui cède la parole.    En un éclair elle saisit où il veut  l’emmener et elle se bloque.  Pas comme ça.  Pas si vite…  Il y  a un blanc qui dure comme une rupture.    L’homme clôture alors la conversation.   C’est fini.

Des années plus tard,  elle retourne dans ce village de vacances.  Elle le voit,  mais elle l’ignore.  Il l’a vue aussi et il appelle sa chienne à haute voix : « Zarka ! »,  espérant l’attention de la femme.    Mais elle  ne se retournera pas.

Un amant

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Elle s’est fardée et porte une robe couleur de mûre,  un manteau clair,  un feutre prune.

Lorsqu’elle arrive dans le grand hall de ce restaurant chic, le regard du maître d’hôtel se pose flatteur sur elle.  Il s’empresse d’aller l’accueillir et veut l’installer à une bonne table.   Elle vérifie  quelle table il lui a attribuée et puis revient  dans le hall : « J’attends un invité », lui explique-t-elle et il s’incline.

Elle est là de quelques secondes qu’elle l’aperçoit,  un peu égaré.  Il porte sa tenue de tous les jours,  un costume strict et bien coupé, une cravate.  C’est un homme important, un avocat de haut vol qu’elle a rencontré sur un forum de discussion où il apparaissait sous un pseudo.  Ils avaient été ravis de voir qu’ils partageaient des idées,  des goûts, des aspirations,  elle la petite ménagère incolore et lui l’homme reconnu qui croise chaque jour des personnalités.

 Cinq ans.   Cinq années de liaison, comme on dit.  Ils avaient décidé de fêter cela et il lui avait demandé quel cadeau elle souhaitait.  Voulait-elle un diamant, une montre de luxe… ?  Rien de tout cela. Elle avait choisi un moment de partage,  un déjeuner en tête à tête,  qui la changerait des rencontres clandestines dans leur hôtel.  C’est qu’ils ne se voyaient qu’à l’hôtel, car il  avait une peur maladive que sa femme n’apprenne son infidélité.  Et le fait d’être un homme   assez connu n’arrangeait rien.  Aussi mesurait-elle le prix de son cadeau,  le risque qu’il prenait à déjeuner avec elle.  Il est vrai qu’il n’était pas dans sa ville,  mais sa notoriété dépassait de loin le périmètre de la capitale.  Il avait tout prévu,  s’il rencontrait une connaissance, elle serait une cliente.  Discrétion, absence d’ambiguïté.  Tel était le mot d’ordre.

Elle rayonne.  Elle n’a aucun geste déplacé mais son regard,  son visage,  l’élan de son corps disent son amour pour lui sans qu’elle n’en ait conscience.  De son côté,  il baisse les yeux,  scrute la salle.  Il est visiblement stressé.  Ils commandent du champagne.  Petit à petit il lui semble qu’il commence à se détendre,  pas complètement.   Ah ces hommes !  Elle sourit sous cape de son embarras. Elle a décidé de profiter totalement de ce moment.  Il parle à voix amortie de sa dernière affaire,  évitant d’appuyer son regard dans le sien.   Elle s’efforce de jouer à la cliente et de garder son sérieux.  Elle a le souci de préserver son anonymat, elle a réservé une table à son nom à elle,  comme elle réserve l’hôtel chaque fois qu’ils se voient afin que son nom n’apparaisse jamais.  Il pense à tous les détails.   S’il était pris en flagrant délit,  sa vie s’écroulerait,  dit-il.  Mais il admet apprécier le frisson que la situation procure.  Le jeune sommelier la chouchoute.  Il a passé son vin en carafe pour qu’il soit bien aéré.  Le maître d’hôtel vient leur demander si tout se passe bien.  Lui ne boit rien d’autre que de l’eau maintenant.  Il conduit, dit-il.  Ils continuent le jeu de l’avocat d’affaires qui déjeune avec une cliente.  Cela le rassure lui,  cela l’amuse elle.  Elle choisit le dessert,  lui le plateau de fromages.  « Tu crois que je peux tomber la veste ? »,  lui demande-t-il.   – Bien sûr, voyons.    Elle rit en elle-même.  Il lui demande comment se comporter,  lui qui fréquente de grands  restaurants tous les jours à Bruxelles. Par la fenêtre, elle aperçoit la Meuse qui ondule au-delà des arbres dorés par l’automne.  Une jeune fille amène un plateau de fromages immense et il prend plaisir à faire son choix.  Il lui chipe un fond de vin rouge.   Il va mieux.   Il a le teint coloré et l’œil vif.  Ses gestes ne sont plus guindés. Enfin il se lâche !   Ils prennent chacun un café et savourent les mignardises.  Le repas terminé,   elle disparaît au petit coin et s’y éternise, refaisant son maquillage,  sa coiffure.

Lorsqu’elle revient son amant a le visage blême.  Il la regarde la mine tragique.  Elle s’effraie.  L’a-t-on reconnu,  a-t-il été pris en faute ?  Elle s’assied en face de lui.  Et il lui fournit l’explication : le maître d’hôtel lui a déclaré : « Ne vous inquiétez pas Monsieur,  votre femme arrive… »    Ainsi,  le jeu de l’avocat et de sa cliente n’a trompé personne.  Il en est terrorisé à retardement.  Ils s’empressent de quitter les lieux.  Pour regagner sa voiture, elle prend son bras.   Elle n’a pas l’habitude des  talons hauts et le vin lui tourne un peu la tête.   Ils vont se quitter ainsi lorsque,  rejetant toute prudence,  il l’embrasse d’une bouche voluptueuse qui s’attarde. Puis elle voit son visage, ouvert,  aimant et il lui glisse,  l’œil amusé : « Il faudra remettre ça ».