Deux soeurs, deux robes …

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Elodie et sa sœur ont toujours été très différentes.   Plus âgée de deux ans,  Elisabeth,  a été la forte en thème,  la fille qui réussissait tout ce qu’elle entreprenait,  celle que les garçons regardaient,  la préférée de leurs parents …

La vie a passé.   Elisabeth est devenue professeur d’université,  elle s’est mariée avec un homme riche et brillant qui lui a donné une fille douce et jolie avec qui elle a beaucoup de tensions à cause de son caractère intransigeant et de son besoin de tout contrôler.

La petite sœur aussi a eu une fille,   une fille qui ressemble à sa tante.   Forte,  charismatique,  à qui tout réussit.     Sa tante l’a remarquée et a décidé de la promouvoir dans « son monde »,   un monde de grands bourgeois que sa sœur cadette ne fréquente pas.

Ainsi un jour,  elle décide de présenter en même temps sa nièce et sa fille – qui se connaissent à peine et ne s’apprécient guère –  à une sorte de bal des débutantes,   un événement mondain dont Elodie est habituellement exclue.

Elisabeth s’occupe de tout.   Elle veut que cela soit parfait.   Elle préférerait que sa sœur ne soit pas présente,  mais le code exige qu’elle accompagne sa fille.    Elle l’emmène donc choisir leurs robes dans un magasin bas de gamme qu’elle a choisi.  « Ne t’en fais pas, dit-elle,  ce sera dans  tes moyens et personnellement je ne veux pas  dépenser trop,   j’ai de nombreux bals cette année,  et j’ai besoin d’une robe différente à chaque fois ».  Elodie est reconnaissante à sa sœur de vouloir lui éviter un faux pas et elle la suit donc docilement.

Elisabeth inspecte les rayonnages et choisit des modèles pour elles deux.    Elle met sur les bras d’Elodie des modèles que celle-ci juge peu attrayants.    Les robes sont classées par couleur.   Au rayon bleu pâle,  Elisabeth ne s’arrête pas.   Mais c’est la couleur préférée d’Elodie…   Alors elle s’y attarde.   Elisabeth fronce le sourcil.    «C’est trop décolleté ! Il faut une robe discrète pour les mamans !»,  s’exclame-t-elle et puis il n’y a que de grandes  tailles.   Elodie appelle la vendeuse : « Vous n’avez  pas de petite taille dans cette couleur ? »  – Oh, répond la vendeuse,  c’est la couleur de l’année,  cela a beaucoup de succès,  je regarde…    et elle sort une merveilleuse robe cintrée,  sans décolleté  qui plaît tout de suite à Elodie.    Elisabeth ne dit rien,  elle ne peut objecter que cette robe soit trop décolletée ou trop voyante.     Finalement elles passent à l’essayage dans deux cabines voisines.    Elodie enfile immédiatement la robe qu’elle a choisie…  et qui lui va parfaitement.     Elle ouvre le rideau et se regarde dans le grand miroir.    Ce bleu pâle convient à son teint un peu hâlé,   rappelle la couleur de ses yeux et la coupe met sa taille en valeur.    On en oublie que c’est une robe bon marché dans un coton bas de gamme…

Elisabeth a plus de mal,  la voilà qui sort de sa cabine avec une robe qui marque son ventre.   Elodie voit le visage ridé de sa sœur.   C’est que le tabac,   les nuits blanches et les nombreux séjours au soleil  ne lui ont pas fait de cadeau.   Elle essaie plusieurs robes avant de se  décider finalement pour un modèle rose foncé, resserré sous la poitrine qui dissimule ses rondeurs,  mais sans grâce,  pense Elodie.      Elles sortent ensemble du magasin avec leur achat.   Elodie est ravie de son choix. Sa sœur s’éclipse la mine fermée.

C’est Elisabeth,  bien sûr qui se chargera d’emmener les cousines choisir leur tenue.   Elodie lui fait confiance,  et elle sait que sa fille prendra ce qui lui convient.

Le grand jour arrive.   Elodie est stressée,  mais passer sa robe qui lui va si bien la rassérène.    Elle se maquille avec sagesse et arrange ses cheveux elle-même.   Sa fille a déjà rejoint Elisabeth.    Tout ce petit monde se retrouve à la salle de bal.

Elodie arrive et aperçoit sa sœur qu’elle n’a plus vue depuis plusieurs semaines.   Surprise !   Elle porte une robe bustier en satin de soie orange vif et  dont on voit au premier coup d’œil qu’elle vient de chez un couturier.   Rien à voir avec celle qu’elle avait choisie en compagnie d’Elodie.    Surtout Elisabeth a fortement minci.   Elle a dû faire un régime drastique,  mais si cela arrange sa ligne,  cela n’améliore pas son visage dont les rides se marquent d’autant plus.    On ne peut penser à tout.    Elle arbore  un sourire mielleux  en accueillant sa sœur.    Celle-ci ne peut s’empêcher de s’étonner : « Tu ne portes pas la robe que nous avons choisie ensemble ? » –  Non,  répond Elisabeth en se détournant,  je l’ai portée à une autre soirée…

Plus tard,  Elodie montre les photos du bal à une amie qui ne connaît pas sa sœur.    « Oh,  s’exclame celle-ci,  ta mère est très élégante ! »  –  Ma mère ?  répond Elodie.   –   Oui,   cette dame avec une si belle robe…     Et Elodie de rire : « Mais ce n’est pas ma mère,   c’est ma sœur aînée… »

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12 réflexions au sujet de « Deux soeurs, deux robes … »

  1. Petite revanche inattendue pour Elodie, qui la prend de surprise (mais pas trop mauvaise quand même 🙂 ). Ah ces « bals des débutantes », l’entrée dans le monde… quelle épreuve. Et ici une épreuve de plus sous la houlette d’Elisabeth qui la contraint à faire une entrée-sortie dans ce monde qu’elle connaît mal et craint.

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  2. Je m’attendais à autre chose… Que la vilaine soeur pousse la fille d’elodie à choisir la même robe que sa mère et que cette dernière se trouve en guenilles pour se rendre au bal.. Mais j’ai trop lu cendrillon ! Votre fin est moderne et assez jouissive.

    Aimé par 2 people

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