Archives mensuelles : juillet 2017

Un mariage à Venise (second épisode, le premier ayant été publié le 18 avril de cette année…)

 

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Voilà,  tout est dit,  pense-t-il,  il a joué cartes sur table,   il a fixé son budget,   important certes, mais dans les limites de ce qu’il peut offrir sans se mettre en danger tout en préservant son estime de lui-même.   Il a été clair.   Il n’ira pas au-delà.   Il craignait leur réaction,  il en avait les mains moites,  le cœur qui battait  trop vite et trop fort.   Mais la future belle-famille a très bien réagi.   Ils ont dit qu’ils comprenaient,   ils lui ont assuré qu’il ne devait pas s’en faire.   Il en a conclu qu’ils allaient prendre l’essentiel des frais en charge…

Il est rassuré.   Il a encore gagné !   Il se sent si heureux,   si fier de lui.    Son fils va  avoir un mariage hollywoodien,   lui sera à l’honneur,   il recevra les invités en grand seigneur,   en homme qui a réussi.    Il se voit déjà gorgé de champagne, déguisé en noble vénitien, invitant la belle-mère à danser  dans un palais romantique près du pont des Soupirs au son  d’un orchestre baroque.   Ah il n’appelle plus cela « le grand barnum »  maintenant qu’il sait qu’il en tirera la gloire sans pour autant en assumer  les frais.    Il sait par son fils que la fortune de la belle-famille est colossale et  ce sont eux qui veulent  ce déploiement de luxe.    N’est-il pas normal que ce soit eux qui paient ?    Lui se serait contenté d’un mariage en Belgique,  comme tout le monde…     Mais tout le monde n’envoie pas son fils étudier la finance à Stanford…  Tout le monde n’a pas un  fils, si beau,  si brillant.  Ne mérite-t-il pas un tel mariage ?   Après tout,   ce qui arrive est dans l’ordre des choses.

Il se sent léger et plein d’enthousiasme.   Il en parle à ses amis et lit l’envie dans leurs yeux. Généreux,   Il les réconforte en les invitant pour la grande fête,  tous frais payés bien entendu.   Il a presque retrouvé l’allant de sa jeunesse.   Ses affaires s’en ressentent et son chiffre d’affaires est à la hausse.   Dans la foulée,  il s’offre une Rolex.    C’est qu’il se sent de plus en plus important,  il gonfle comme une outre !

Quand a lieu le mariage déjà ?  Dans un an tout juste.    Tiens ne faudrait-il par réserver les lieux ?  Il lui semble que rien ne se prépare.    Son fils a le même sentiment.     Il avoue à son père qu’il a dû batailler avec ses beaux-parents pour fixer la date car eux reportaient sine die…    Décidément,  ces riches  n’ont pas les pieds sur terre,   ils ne connaissent pas les contraintes de la réalité.    Heureusement que son fils est là pour les leur rappeler…

Voici qu’il  rentre justement.   Il paraît très énervé.    Une contrariété dans la banque où il travaille ?

Non ce n’est pas cela.   Voilà, dit-il, que les beaux-parents ergotent sur le coût du mariage.   Il croit rêver.   Ils dépensent sans compter pour le moindre de leur caprice,   Aurore ne porte que des vêtements de couturier et voilà qu’ils deviennent pingres  pour son mariage !    Père et fils n’y comprennent plus rien.   Bon,  ce n’est qu’une lubie.   Cela va leur passer.  Satanés riches,   ils sont exaspérants !

D’ailleurs ce dimanche on célèbre les fiançailles et ce n’est pas le moment de gâcher la fête en créant des conflits.   Le temps est au beau en ce mois de juin et la grande maison des beaux-parents est décorée de centaines de fleurs,   le parc  s’orne de guirlandes multicolores et les serveurs circulent entre les tables.    L’ambiance est au plus haut grâce aux nombreux amis d’Aurore et de son fils revenus des quatre coins du monde pour l’occasion.    Seule ombre au tableau,   la présence de son neveu,  un chômeur,  un bon à rien, qui le dérange d’autant plus qu’il lui rappelle d’où il vient.    Il l’évite avec soin.

La  semaine qui suit,  il plane.   Comme il se sentait à son aise dans tout ce luxe,   surtout que la belle-famille avait  proclamé qu’elle prendrait tous les frais  en charge.    Mais une grosse contrariété survient.    Un client important lui fait savoir qu’il rompt ses contrats.   Quelle poisse !   Il  est à terre,   il n’en faudrait pas plus aujourd’hui.   Soudain son gsm envoie une petite sonnerie,  celle qui annonce l’arrivée d’un sms.     Il regarde.    C’est la belle-mère.    Elle a envoyé en quelques lignes le décompte des fiançailles.   C’est énorme.   Et elle lui demande de régler la moitié…

 

A  suivre…

Et qui seront pharmaciens…

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A l’heure où  tombent les résultats scolaires ou universitaires,   je ne sais si je dois rire ou pleurer devant certaines coïncidences.

Je me souviens de ce garçon qui étudiait la psychologie avec moi et qui était fasciné par mon fiancé informaticien.   Il cachait son admiration sous un mépris de façade.   J’ai perdu ce condisciple de vue depuis de longues années et c’est par hasard que j’ai fait la connaissance de son fils unique,   Sébastien,   un gaillard de 25 ans,  très imbu de sa personne et …  informaticien…

Le phénomène inverse,  moins connu – enfin presque –  se retrouve également.    Elisabeth ne sera pas pharmacienne parce que maman l’est et voudrait qu’elle reprenne la pharmacie familiale…    Elle sera vendeuse de vêtements dans une boutique,  fashionista,  parce que maman,  eh bien maman ne l’est pas. Maman est petite, râblée et mal fagotée.   Papa ne la regarde plus depuis longtemps …   Maman a raté sa vie et son couple en se concentrant sur ses études et sa profession. Elisabeth  ne veut pas cela,  elle veut profiter de la vie,  s’éclater,  ne pas pâlir sur les bouquins,  mais voyager,   bronzer en se servant de l’argent que maman a amassé en sacrifiant son plaisir et en faisant de son enfance un enfer…

Sébastien est devenu informaticien parce c’était ce que papa voulait pour lui,   Elisabeth est devenue vendeuse pour ne pas être comme maman qu’elle voyait malheureuse.    L’un et l’autre ont cherché le bonheur,   l’un en se soumettant au souhait paternel,  l’autre en s’ y opposant.

Pourtant c’est tellement confortable parfois d’avoir un modèle qu’il suffit de suivre.    Je me souviens de mon fils de huit ans à qui l’on demandait : « Et qu’est-ce que tu feras plus tard ? ». Il  répondait  avec assurance :  « Je ferai comme mon papa ! ».    Certains poussaient le vice jusqu’à lui demander : « Et il fait quoi ton papa ? ».   Alors,  très fier,  il rétorquait : « Je ne sais pas  » ….     Marcher dans les pas de papa ou maman,   ou suivre leur désir,   est une option confortable quand la relation est bonne.    Lorsqu’elle est mauvaise,   tout se gâte…

 

Si la plupart des parents ont pour souhait de voir leur enfant les dépasser tel n’est pas toujours le cas.    Mon père était ouvrier et ma mère femme d’ouvrages.   Lorsque je me suis révélée un crack aux  études,   ils l’ont très mal pris.    Pour la façade ils  se disaient fiers,  mais quand les tentures étaient tirées,  les remarques acerbes pleuvaient.    Ils n’avaient de cesse de me casser.    Leur ego était en danger.     Ils n’étaient pas les seuls dans le cas.    Il est bien connu que Yehudi Menuhin ne supportait pas le talent de son fils…

Bien sûr tout n’est pas la « faute » des parents.   Encore s’agit-il de se trouver,  de partir à la découverte de soi-même.    Je me souviens  avoir vu le notaire Mariage, auprès de qui j’ai conclu un acte d’achat,  se lamenter à propos de son fils Benoît,  qui après avoir fait le droit avait, disait-il,  jeté son diplôme sur le bureau de son père en lui disant : « Voilà,  tu es content ?  Maintenant je ferai ce que je veux de ma vie ! « Heureux était-il de le savoir et d’en avoir la possibilité.    Tant sont dans l’interrogation,  l’angoisse.    Personnellement,  je ne cherchais qu’à comprendre,  aussi ai-je opté pour la psychologie.

Plus tard je serai….    Telle est la question !    Encore faut-il que nos aspirations rencontrent celles de la société pour ceux qui ne sont pas nés dans un berceau doré…

Les vocations artistiques ne peuvent parfois se réaliser qu’à l’âge mûr,  lorsqu’on a acquis l’indépendance matérielle.    Mais la société, atteinte de jeunisme,  ne s’intéresse pas à ces vieux de la vieille qu’elle met au rebut une fois dépassée la quarantaine…

La réflexion est illimitée,  chaque histoire est différente.   Ceci n’est qu’un petit  échantillon que je vous livre.  Et je suis bien consciente que la majorité d’entre nous travaillent pour vivre et non pour se réaliser.