Des fleurs et des oiseaux aux fenêtres…

bird-2513752_1920

 

Elle avait rêvé de lui cette nuit-là.   Il lui  écrivait une lettre manuscrite.   Elle l’ouvrait et elle découvrait un dessin coloré.    Des maisons s’alignaient,  jolies,  comme des mois de fin d’été.   Sur la première il  n’y avait que grisaille malgré une devanture proprette,  ensuite,  la couleur revenait petit à petit,  les fenêtres s’ouvraient et enfin, sur la dernière maison de l’alignement,  des fleurs et des oiseaux volaient jusqu’aux fenêtres qui s’enjolivaient de joyeuses couleurs,  le soleil brillait,  on aurait dit une peinture de Zoé Valy.

Elle comprit alors qu’elle avait eu raison de renouer avec son amant,  que la joie  était revenue  ainsi à son cœur et au sien.    Dépourvu de rancœur qu’elle ait rompu brutalement trois mois auparavant,  il n’était que trop heureux de la voir réapparaître dans le carrosse branlant de son mariage,  elle,  sa fée magique sans qui son couple n’aurait été  que citrouille infâme.

 

Certes toutes les raisons pour lesquelles elle avait rompu demeuraient,   mais elle les voyait autrement et se disait que dans son propre mariage,  il arrondissait bien des angles,   lui le petit Juif au cheveu crépu,   aux joues engoncées dans son costume de notable,   la femme officielle se pendant à son bras sur les photos publiques alors qu’elle qui éclairait sa vie n’avait droit qu’à la part de l’ombre.

Encore un de ces hasards bon teint qui font qu’un juif mi ashkénaze mi sépharade dont les grands-parents furent gazés à Auschwitz  rencontre une belge pure souche  et qu’ils deviennent amants dans une joie jamais assouvie au point qu’un jour, au moins pour elle,  elle en devint frustration.

Toujours l’attendre,  toujours se contenter de ce que sa femme légitime laissait de côté…   son mari, elle l’oubliait,  pourtant il était toujours gentil près d’elle,  avec bien sûr les défauts de quelqu’un qui est là tous les jours.   C’est que le quotidien n’est pas facile à vivre et qu’il entraîne tant d’agaceries …   Alors on s’évade,   le temps de quelques mails échangés sur Facebook,  le temps d’une après-midi à l’hôtel et,  suprême audace, d un weekend volé à la vie,  où on tremble que le ou la légitime ait vent de l’affaire.     Ah si seulement on s’était connus dans une autre vie…

 

Alors elle en a eu assez de ces frustrations accumulées,  du temps passé à l’attendre,  elle a oublié que ce temps était du bonheur.    Elle s’est dit : « J’aimerais plus mon mari si je n’avais pas d’amant », et elle a rompu,   lui disant que c’était trop frustrant,  qu’il lui en demandait trop.   Et lui il l’a crue,   il s’est flagellé,  en brave petit Juif qu’il  était.   Et il a pleuré dans son oreiller,  ne laissant rien voir à ses proches dont il a en charge le bonheur.   On est un homme de devoir ou on ne l’est pas.

 

Elle, elle s’est crue libérée,  et puis au fil des jours,  il s’est mis à lui manquer.   Son bonheur était perdu,  elle ne pouvait pas revenir sur sa décision,  il allait lui dire : « Mais sais-tu ce que tu veux à la fin ?  Je ne suis pas un jouet qu’on prend et qu’on rejette ! »  Alors elle n’osait pas lui réécrire,  jusqu’à ce jour où poussée par je ne sais quelle audace elle a renvoyé un mail,  comme ils le faisaient tous les jours « avant »,  et il a répondu,  et il  a  été heureux,  et il le lui a dit.   Alors leurs messages ont repris.   Il a juste dit : « J’ai si peur que tu ne disparaisses à nouveau… ».    Et alors elle a pleuré,  elle a pensé,   j’ai eu si peur de t’avoir perdu par ma sottise.   Mais non,  il est là,  si doux,  si gentil,   si prêt à l’accueillir comme le père l’enfant prodigue.     Les oiseaux et les fleurs volent à leurs fenêtres.   On est en octobre,  mais pour eux le printemps est revenu.

Publicités

2 réflexions au sujet de « Des fleurs et des oiseaux aux fenêtres… »

  1. Pour moi, c’est une merveilleuse histoire. Ils n’ont la place que pour être un couple secret, mais leur amour n’a pas de projets d’avenir qui le terniraient en ne se réalisant pas, ils le vivent au présent.

    Ils ont un bonheur caché, mais qui ouvre les fenêtres et les peuple d’oiseaux. Ils ont beaucoup de chance, en réalité…

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s