Les voisins

 

 

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Lorsqu’elle est arrivée à ce gîte de vacances double,   l’autre partie était déjà occupée.   Elle entendait  ses voisins qui revenaient de la plage vers seize heures et s’activaient bruyamment.   Les enfants criaient et le père parlait trop fort.   Le soir les odeurs  de leur mangeaille envahissaient son espace et elle les détestait de troubler son repos  d’autant plus qu’ils allaient s’agiter encore jusqu’à passé vingt-deux heures.    Elle s’étonnait de voir de jeunes enfants à la plage en novembre alors qu’il y a école.   Ils s’exprimaient en allemand,   langue qu’elle ne maîtrisait pas.   Elle ne faisait que les entendre,  se repliant dans ses quartiers,   s’enfuyant la journée dans de longues promenades   Elle leur prêtait des visages grossiers,   de mauvaises manières,  elle les imaginait tout en négatif.

 

Un jour elle se décida à se pencher à la balustrade et les vit tous les quatre occupés à changer une roue de leur camionnette bigarrée.   Le père  était grand,  un peu blond et portait lunettes,   la femme et les fillettes étaient efflanquées,  emballées dans de grands pulls qui flottaient sur leurs jambes malingres.    Un chien qu’elle n’avait pas remarqué jusque là,  jouait avec les fillettes.

 

Elle se trouva rassérénée de les avoir vus.   Ils étaient sympathiques après tout.   Pourquoi voyait-elle toujours les gens en noir ?   C’était un de ses travers,  se dit-elle,   une des raisons de sa solitude.    Cette famille ne faisait pas de bruit excessif,  leur logement  était juste trop proche du sien.     Elle résolut de prendre les choses plus positivement,   de se sentir moins dérangée par eux,  elle essaya même d’établir la conversation avec la femme,  mais cette dernière répondit à peine à son salut.   Eh bien ils n’étaient pas liants voilà tout.   Ce n’était pas elle qui allait le leur reprocher.

On  était dans le sud de l’Espagne,   près de Tarifa,  paradis des surfeurs.   Ils  étaient adeptes de ce  sport.   Ils avaient peinturé    leur véhicule  de dessins de plages et de planches,  de requins et de pirates.  

Les journées s’écoulaient suivant le même rituel.   Ils partaient vers la plage le matin et rentraient en fin d’après-midi.   Mais ce soir-là  ils se faisaient attendre.   Elle profitait du calme inattendu, le sirotant avec un verre de vin blanc,  le soleil dorant  son visage,   la douceur de l’air caressant ses bras nus.  Enfin le soir tomba et ils n’étaient toujours pas là.   Elle rentra dans l’appartement et commença à se poser des questions.    Etaient-ils avec des amis ?   Ils semblaient solitaires pourtant.   Leur chien commença à hurler.     Elle entendait le cri dans la nuit et se faisait du souci pour l’animal.    Les heures passaient.    Finalement,   elle ramassa quelques restes, remplit  une gamelle d’eau  et alla les porter au chien.    Il dévora la nourriture et lapa l’eau.    Il se laissa caresser.      Elle regarda le jardinet.    Des  vêtements d’enfants séchaient à des fils.     Le chien,  les vêtements,  tout indiquait qu’ils devaient rentrer.    Elle laissa le chien qui finit par se taire et elle alla se coucher.

Sur le matin il recommença à hurler,   ce qui la réveilla.    Le soleil se levait à peine.    Elle vit que leur camionnette n’était pas là.    Ils n’étaient pas rentrés.  Elle angoissa craignant un accident.   C’est à ce moment qu’elle reconnut la propriétaire qui l’avait accueillie à son arrivée.   Elle était furieuse,   elle  étalait son courroux en espagnol,   langue qu’elle-même parlait peu.    Mais rapidement elle comprit.   La famille avait filé à l’anglaise,  abandonnant le chien et quelques nippes pour tromper son monde.

Elle était abasourdie.   Elle n’avait pas pensé à cela.   Elle s’était inquiétée pour eux,   pour les enfants,  avait craint un accident,  mais qu’ils aient monté une mise en scène pour voler leurs vacances ne lui  était pas venu à l’esprit.

Cela lui amena une réflexion.    Elle s’éloignait des gens parce qu’elle s’imaginait toujours des choses trop sombres sur eux,  pensait-elle.    Mais ici,   la vérité avait frappé plus fort que son imagination.

Elle ne laissa pas d’argent pour le chien à la propriétaire sachant d’avance qu’elle le prendrait pour elle.   Elle pensa bien à l’adopter,  mais il lui restait  trop peu de temps pour effectuer les formalités.   Elle termina ses vacances et  rejoignit sa petite vie  à l’abri du monde.    Avait-elle vraiment tort de penser négativement d’autrui ?

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6 réflexions au sujet de « Les voisins »

  1. On va dire que dans ce cas-précis, elle pourrait conclure qu’elle avait « bien senti » que quelque chose était à craindre. Mais en réalité, il me semble que juste les bruits invasifs de la vie de ces voisins les rendaient agaçants, alors que de les avoir vus, d’avoir reconnu une certaine normalité, ça l’avait ensuite rassurée.

    Finalement, les probabilités pour qu’il ne soient que des voisins un peu braillards et malpolis étaient plus importantes que de les voir en fraudeurs…

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