Un libertin

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Il rentre chez lui en planant.   Quelle après-midi riche en sensations !  Il a joui par tous les pores de sa peau grâce à cette nouvelle maîtresse pleine d’idées.   Dans son hall,   il vérifie sa tenue  dans le miroir,   surveille s’il n’y a pas de cheveu sur sa veste qui pourrait le trahir,   car Madame ne supporterait pas la moindre infidélité.   Un délicieux frisson le parcourt.   Quel plaisir il aura d’être là, à côté d’elle en se remémorant son après-midi de sexe tandis qu’elle va faire claquer ses talons hauts sur leur beau parquet,  ce qu’il a en horreur,  mais qu’il n’oserait jamais lui reprocher.  Elle se sera offert une nouvelle robe et paradera devant lui pour qu’il l’admire,  ce qu’il fera avec hypocrisie.   Sa nouvelle maîtresse a les jambes tellement plus fines,   le corps tellement plus ferme.   Il aime se gausser de Madame.

En attendant  qu’elle rentre de son club de bridge,  il passe à la cuisine et inventorie le contenu du réfrigérateur pour voir ce qu’il va lui préparer pour leur repas du soir.   C’est lui qui se charge systématiquement des courses et de la confection des repas.   Madame est bien trop princesse pour s’abaisser aux tâches ménagères…   Pour le ménage,  la lessive, le repassage,  il emploie quelqu’un.    Ses moyens le lui permettent largement.    Comme sa femme n’est pas encore rentrée,  il envoie un petit mail à sa maîtresse pour la remercier de ses douceurs.   Il est si galant !

Ah comme sa vie a changé depuis cet accident de voiture !   Il était alors un mari fidèle qui moisissait avec sa femme  égoïste et irrespectueuse de lui.   Déjà, elle n’en fichait pas une dans le ménage,  ne se préoccupait que de ses amusements et au lit c’était la catastrophe :  Madame ne trouvait pas son plaisir et l’en rendait responsable :  il était un amant nul,  lui disait-elle.    Quelle chance il avait qu’elle n’aille pas voir ailleurs !.    Et puis,  sur l’autoroute,  le crash.   Il roulait alors dans des voitures peu fiables qu’il achetait d’occasion.    Il ne se souvenait plus de rien,  mais quand il s’était réveillé,  une douce infirmière faisait sa toilette.    Ah quel délice!   Une femme qui s’occupait de lui.   Avait-il connu ça depuis les soins austères que lui prodiguait sa mère ?  Il s’était rapidement rétabli,  mais avait pris conscience qu’il avait failli perdre la vie.   Ce fut le déclic,   sa vie était courte et il la gâchait à se morfondre auprès d’une enquiquineuse.   Il devint soudain audacieux et  fit des avances à l’infirmière qui à son grand étonnement y céda immédiatement.  C’est qu’il se croyait moche,   comme  lui disait sa femme.   Et voilà qu’on le  trouvait beau.   L’infirmière jouit fort et bien et le trouva bon amant.     Une révélation !   Il n’allait pas s’arrêter là.   Et ainsi commença la ronde des maîtresses :  il y eut Madame Hard,  une magistrate qui l’initia au sexe torride,   Madame X  qui était si expérimentée… et elles se succédèrent.    Il gagna une immense confiance en lui.   Ses affaires s’en ressentirent,   il se mit à engranger beaucoup d’argent  et  beaucoup de plaisir…

Mais pourtant il ne voulait pas quitter sa légitime.   C’est qu’il en avait peur et que la braver dans son dos était l’ultime extase.   Il changeait de maîtresse quand il le désirait et variait ainsi son menu.    Lorsque Madame exigeait qu’il l’honore,  avec toujours aussi peu de réussite,   il se renfrognait,   il continuait de craindre ses sarcasmes tandis qu’il s’appliquait en vain.

Ce soir-là,  elle mangea goulûment ce qu’il lui avait préparé.   Elle n’avait  décidément aucune finesse,  ce n’était pas pour rien qu’elle était  si malhabile aux choses de l’amour,   mais heureusement il connaissait maintenant bien d’autres mains.    Elle lui parlait candidement de son après-midi de futilités,   des nouveaux escarpins très chers qu’elle s’était acheté.   Des talons aiguilles précisa-t-elle l’œil coquin.   Et en lui-même il fit la grimace pensant à son onéreux parquet en chêne.    Ils s’installèrent ensuite devant la télévision et elle choisit un film érotique sur leur chaîne payante : « L’Amant de Lady Chatterley »…   L’angoisse le saisit,  elle va  vouloir faire l’amour et lui n’a plus de jus. Il a tout donné déjà et ne pourra pas assurer…   Effectivement,  elle lui envoie des œillades, dévoile ses  cuisses.  Il lui faut trouver une parade,  vite,  vite…

Lorsqu’elle s’approche de lui dans une attitude sans équivoque,  il la repousse avec un sourire innocent et,  désolé,  lui déclare : « Oh non ma chérie,  j’ai une affreuse migraine ce soir,  je vais prendre un calmant et me coucher rapidement ».   Elle est désarçonnée.   « Ah bon, tu souffres de migraine maintenant ? »  –  Oui,  j’ai consulté et il paraît que cela va continuer.    Quelle malchance j’ai ! Elle réprime un geste d’agacement…      Riant dans sa barbe,   il gagne la chambre d’amis.

Moralité : « Mesdames,  quand Monsieur a la migraine,  ayez la puce à l’oreille : c’est qu’il y a anguille sous roche ! »

 

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