Beau-fils

plumber-228010_1920

Jacques est un homme modeste,    enseignant de français retraité.   Il vit dans une petite maison de banlieue,  semblable à celles du commun des mortels.    Sa fille adorée,   Claire a fait des études de droit.   Brillante,  elle est collaboratrice dans un cabinet important de la capitale.   Il en est très fier.    Seule ombre au tableau,   il ne la trouve pas épanouie dans son mariage.  Elle est d’un naturel réservé comme lui,  une fille de dossiers,  qui permet à son patron de marquer des points  alors que c’est elle qui a tout bouclé dans l’ombre.   Mais le principal problème n’est pas là.   Elle a épousé un garçon médiocre.   Certes,  il a fait le droit lui aussi,  c’est comme cela qu’ils se sont rencontrés,   mais pas très futé,  il végète dans un ministère,  emploi qu’il a obtenu par piston grâce aux relations de son père, Jean-Gabriel, un  haut fonctionnaire.

Jacques,  le petit prof de français se sent minable face au beau-père de sa fille.    Jean-Gabriel  est hautain,  vit dans une immense villa,  aménagée luxueusement grâce à une fortune familiale dont il a hérité.   Il fait étalage de sa culture qui se borne à ses histoires familiales tandis que les connaissances de Jacques couvrent la plupart des domaines,  mais Jacques  est écrasé par l’arrogance de Jean-Gabriel,   ses plus grandes facilités verbales,   sa connaissance des usages du grand monde dont il fait partie et dont lui, fils d’ouvrier,  ne sait rien.

Sa  revanche se dessine sur un terrain qu’on n’attendait pas : l’amour filial.    Les relations entre Stéphane,  le mari de Claire,  et son père Jean-Gabriel  sont tendues.    Le père reproche à son fils sa médiocrité,    le fils est en totale admiration face à son père,  mais comme celui-ci ne lui rend pas son amour,   il se hérisse de plus en  plus et les heurts sont fréquents.   Alors Jacques se dit qu’il y a une place à prendre dans le cœur de Stéphane et une fois la place conquise il pourra améliorer l’entente entre Claire et son mari,   ce dernier malmenant Claire trop soumise,  tout en y étant  attaché.

Au début,   Stéphane snobait Jacques imitant ainsi son père,  mais au fil du temps,  il a trouvé auprès de lui un respect et un amour qu’il ne connaissait pas.    Jacques a aussi des talents inconnus de Jean-Gabriel.    Non seulement sa culture est immense,   mais il est serviable et bon bricoleur.    Dès qu’il y a un problème à leur maison,   Claire et Stéphane peuvent faire appel à Jacques qui le résoudra  sans frais.   Cela leur fera une bonne économie,  car ils ne roulent pas sur l’or contrairement à Jean-Gabriel qui dispose de plusieurs ouvriers.   Alors Jacques fait fi de ses rancœurs vis-à-vis de Stéphane qui bouscule Claire,  se disant à juste titre,  que c’est à elle de remettre son mari à sa place,  et il multiplie les services rendus aux jeunes époux,  espérant enfin être reconnu à sa juste valeur.

Et au fil du temps,   la sauce prend.    Stéphane a de longues conversations avec Jacques qui lui parle comme à un fils.   Certes Jacques est déçu du manque d’intelligence de Stéphane alors que Claire est si brillante sous ses dehors discrets,  mais il fait l’impasse sur ces imperfections,  poursuivant son but : conquérir l’amour filial de Stéphane.  il y croit d’autant plus que les tensions entre Stéphane et son père ont atteint un climax.     Ils sont au bord de la rupture et la popularité de Jacques auprès de Stéphane atteint des sommets.    Il est fou de joie.  Il n’a jamais eu de fils et il a le sentiment d’en trouver un.   Il refait toute la plomberie dans la maison de Claire et Stéphane,   il entretient le jardin,   il répare tous les bobos qu’une bicoque un peu ancienne peut avoir.    Stéphane et lui sont toujours plus proches.    Stéphane s’épanche sur ses problèmes avec son père,   son mépris constant,   son manque d’honnêteté en général,   son égocentrisme…       Claire et lui ont un projet : emmener  Jacques en croisière avec eux en Méditerranée…       Jacques se documente sur les étapes du voyage,  il s’émerveille :   Rome,   Naples…  et avec sa fille et son beau-fils,   c’est trop beau.

Puis arrive Pâques et,   coup de théâtre,   Jean-Gabriel fait un cadeau à son fils pour sceller leur réconciliation.    Il offre la croisière en Méditerranée.    Du coup c’est lui qu’on invite.    Stéphane n’a jamais cessé d’adorer son père.    Il n’est plus question d’emmener Jacques …

C’est Claire qui le lui a fait savoir à la demande de son mari.    Elle a pris un  ton détaché,  voire hautain et a soufflé : «  Tu comprends papa,  tu ferais tache,  c’est une croisière de luxe… »,   puis elle a ajouté : « Et surtout n’oublie pas de venir tondre les pelouses,   il ne faudrait pas que la maison soit négligée quand Jean-Gabriel y viendra «.

 

Publicités

4 réflexions au sujet de « Beau-fils »

  1. Quelle histoire sinistre (comme elles existent et comme je les aime… 🙂 ). Bien sûr que les liens « tordus » ne se défont pas à force d’amour, mais se solidifient de manière tordue… A tordu, tordu et demi 🙂

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s