Ah qu’il est bon le malheur des autres !

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Elle est si contente d’apprendre que « ça ne va pas »  chez son frère ou chez sa sœur.    Elle prête une oreille attentive,   pleine de compassion espérant recueillir ainsi plus de détails,  profiter plus de l’étendue du malheur de son interlocuteur.   Quel délice !   Elle se montre toujours attentionnée auprès de ses proches,  et en échange on lui fait des confidences dont elle se délecte.

Ce matin,  il y a eu un attentat.   Enfin,  un peu de vie dans sa vie !  Quelque chose vient de se passer dans le désert de son existence.  Elle passe sa matinée devant le téléviseur regardant en boucle les images terrifiantes.   Elle se sent vivre.  D’autant plus qu’elle n’est pas concernée.   Cela se passe loin de chez elle.   Elle est en sécurité.

Son mari arrive poussif et réclame son repas.   Il s’ennuie depuis qu’il a pris sa retraite.  Alors il mange.   Elle aussi a une bonne fourchette.   Et puis manger occupe plaisamment,  si bien qu’ils sont de plus en plus gros et rougeauds.   Ils vont rarement au restaurant,  non pas que ce soit trop cher pour eux – leurs retraites sont confortables – mais lui  est un brin macho.   Il aime que ce soit sa femme qui lui cuisine les plats gras et populaires qu’il aime.   Le restaurant et ses manières,  les petites portions qui lui laissent l’estomac vide,  ce n’est pas pour lui.    Elle, elle aimerait bien,  mais voilà,  il ne veut rien entendre.    Ne mangent-ils pas bien chez eux ?

Ils se sont élevés dans l’échelle sociale depuis qu’ils se sont rencontrés,  ils ont eu la chance avec eux,  des emplois stables,  une bonne santé,  pas de difficulté majeure avec leurs enfants aujourd’hui mariés.   Pourtant lui garde ses manières d’ouvrier.   Il adore bricoler et sa maison est comme un sou neuf.  Il repeint régulièrement ses murs,  plus qu’il ne serait nécessaire.   Il adore son cadre étriqué,  le gros canapé en cuir qui écrase leur petit living.   C’est qu’ils sont restés dans la maison de leur jeunesse,   une maison de cité  qu’ils ont patiemment rénovée.   Cela pourrait être touchant s’ils n’enviaient pas ceux qui se sont offert une villa quatre façades.    Ils pourraient faire pareil,  mais ils n’osent pas.   Qu’iraient-ils faire dans un quartier snob ?   Pour les vacances,  ils ont bien tenté une croisière un jour,   mais il s’est senti si mal à l’aise qu’il s’est juré qu’on ne l’y prendrait plus.   Elle, elle se désole et envie en secret celles qui s’offrent des vacances qu’elle imagine paradisiaques tout en les dénigrant.   Leur discours officiel est qu’ils sont parfaitement heureux et contents de leur sort.   S’ils ont une difficulté,  ils la cachent et si ce n’est pas possible,  ils la minimisent.

Pourtant un jour,  ils ont eu un sérieux problème avec leur fils cadet.    Il faisait un semblant de crise d’adolescence,  délaissant ses études,   fréquentant de mauvais copains,   refusant tout dialogue.   Ils ne savaient plus que faire.   Alors à une réunion familiale,   ils ont attendu que tout le monde soit parti pour rester avec leur sœur cadette et son mari,   qu’en autres temps ils détestent parce qu’ils  sont plus émancipés qu’eux,  mais dont ils savent sans la reconnaître la capacité d’écoute.   Et ils se sont épanchés.    Pour une fois,   ils ont admis qu’ils avaient des difficultés et leur sœur a parlé avec leur fils qui a dit ce qu’il avait sur le cœur. « Parents trop exigeants,  trop sévères, faisant une crise à chaque cote inférieure à huit,  voulant qu’il obtienne les meilleures notes de la classe pour briller plus tard à l’université…  ras-le-bol ».   La sœur écoute et dit à son neveu : « C’est pour toi que tu étudies, pas pour tes parents.   Bien sûr qu’ils vont enrager si tu les rates,  mais c’est ta vie que tu vas surtout louper,  la leur elle est jouée.   Je serais triste que tu loupes  tes études juste pour te venger de tes parents… »   De ce jour,  la situation se débloque,  le garçon se réinvestit  dans ses études et reprend le cours de sa vie.   Eux récupèrent leurs assises.   Mais ils en  veulent d’autant plus  à la petite sœur de s’être humiliés ainsi devant elle, d’avoir dû lui dire merci du bout des lèvres en rasant les murs de honte.  Quand la petite sœur  voudra constater en aparté que leur cadet va de nouveau bien,  ils répondront : « De nouveau ?  Mais il a toujours bien  été ! ».

Leur compagnie est de plus en plus grincheuse.   Ils ne savent pas faire la fête. Qu’ils sont ennuyeux tous ceux-là qui sont bien dans leur peau !   Dès qu’ils peuvent ils quittent l’assemblée et rentrent chez eux.   Les autres ne s’en préoccupent pas.   Ils sont trop occupés à se divertir.

 

La mère, sa fille et son amant

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Sa mère l’emmène partout avec elle quand elle n’a pas école tandis que son frère passe chaque jour quelques heures à l’institut où on essaie de lui apprendre la vie.    La mère a refusé qu’il soit pensionnaire,  pour l’instant du moins,   elle a renoncé à toute vie professionnelle pour s’occuper de cet enfant handicapé  qu’elle aime d’un amour infini et dont elle perçoit si bien la vulnérabilité.     Son mari s’est réfugié dans son travail et y est tombé amoureux d’une collègue  qui ne veut pas l’épouser mais accepte son hommage.  Il est devenu un fantôme à la maison,   ne regardant plus sa femme,   ni ses enfants.   Elle a bien songé à divorcer  mais que serait devenu son enfant autiste ?     Alors,  elle trouve de l’énergie où elle peut  et avoir un amant est un remède très efficace contre l’épuisement et la déprime.  A six ans,   la petite est vive et jolie.    L’amant la voit arriver avec plaisir.    Elle est tout heureuse d’exister dans les yeux d’un homme,   et elle apprend à déployer ses charmes  comme le fait sa mère sous ses yeux.   Elle adore sa mère,   c’est le seul de ses deux parents à s’occuper d’elle,   à tout prendre en charge dans son éducation,   à l’emmener faire les boutiques pour qu’elle soit bien habillée.     Elle voit que sa mère impressionne les gens grâce à sa culture étendue et à son parler facile.    Elle a hérité de sa capacité à bien s’exprimer  et est très fière de sa maman.    Quoi de plus normal qu’une personne aussi méritante ait un admirateur !   Elle déteste son père qui les ignore.

 Damien,   l’amant,   est un jeune homme célibataire   que la mère a rencontré à un cours d’anglais.   Il a été  immédiatement attiré par cette jeune femme,  fine et savante.  Son casque de cheveux blonds l’a magnétisé,   lui dira-t-il  un jour.    Il aime les femmes jolies et fortes  à son image.    Il lui a dit qu’il était tombé immédiatement amoureux d’elle avant de savoir qu’elle avait mari et enfants.    Il  lui a donné dix ans de moins que son âge.    C’est qu’elle fait si jeune avec son corps d’adolescente,   ses jeans,  et ses cheveux longs.   Elle, elle aime sa gentillesse et sa naïveté,   sa façon de venir s’asseoir à côté d’elle dans le bus.   Il est si transparent.    C’est délicieux.    Quand ils veulent parler de choses plus intimes,  ils passent à l’anglais.    La petite regarde d’un œil curieux et écoute  cette langue qu’elle veut apprendre à tout prix.   Elle se pousse contre Damien pour avoir un câlin.   « Comme tu es mignonne ! »,   lui dit-il sans comprendre que cette petite fille s’attache à lui,   comme sa mère d’ailleurs,   qui elle sait bien que cela aura une fin,   ne fût-ce que la passion amoureuse ne dure pas et que lorsqu’elle s’évanouira,   le remède cessera d’agir.     Mais cela la petite l’ignore et la mère ne voit pas que son enfant s’amourache de cet amant  qui répond à ses attentes :   être regardée,  exister aux yeux d’un homme.    Puis la mère va franchir le pas,  elle va se donner à Damien lors d’un des fréquents  voyages de son mari à l’étranger.    Elle va trouver un amant attentionné,   soucieux de son plaisir,   si différent de son mari qui ne fait qu’exercer son droit au devoir conjugal.    Avec l’enfant autiste,   Damien se sent mal à l’aise,   il fait de son mieux pour capter son attention,   mais l’enfant le repousse,  enfermé dans son monde.    Il n’y a que sa mère qui arrive à y pénétrer et qui lui apprend des choses fondamentales : regarder son interlocuteur dans les yeux  au lieu de parler en levant le regard au plafond,    apprendre à dire oui,   lui  qui ne sait dire que non…    La petite déteste ce frère impotent qui occupe tant sa mère,   elle la voudrait rien que pour elle,  et elle n’a de temps que pour son frère, lui semble-t-il.    Heureusement qu’il y a Damien pour s’occuper d’elle.    Elle l’aime de plus en plus.    La mère ne s’épanche jamais devant ses enfants,   à  leurs yeux  Damien est juste un ami.    Mais un jour la petite a un doute.    Elle dit à sa mère : « Dis,  Damien il est à moi,   tu ne vas pas me le prendre  hein ? ».     La mère ne comprend pas la portée de cette phrase et répond loyalement  à  sa fille : « Le jour il t’appartient,  et quand tu dors il est à moi ».    Et la petite accepte avec un soupçon quand même.

Les années passent,  la petite grandit,  et son amour pour Damien avec elle.    Par contre la mère finit par s’en lasser.    C’est que les rencontres furtives dans un lit,  sans perspective,   ne mènent pas à grand-chose.   Et Damien sent cette indifférente grandissante,    ce refus des caresses qui le frustre.   Ils décident de rompre tout en restant amis.    La petite ne voit pas de différence.   Puis un jour  il annonce qu’il  a fait une rencontre,   qu’il  va se marier.     Et de ce jour on ne le voit plus à la maison. Il tourne la page sans se soucier du mal qu’il fait.  La petite,  qui a alors douze ans,   est terrassée par le chagrin.  Elle vient de subir une perte énorme  que sa mère a du mal à comprendre.    Il est vrai que maintenant que son fils passe la semaine à l’institut,  elle a pu reprendre un travail.    Le mari reste  sous le charme de la même collègue,  rien ne change.    La mère pourrait divorcer mais elle sent à quel point son fils  a besoin de ses repères pour son  équilibre.    Il a besoin que chaque objet reste au même endroit dans sa chambre,   il ne veut pas qu’on la repeigne,  il aime son jardin et sa maison,  il aime voir ses parents ensemble,   ce sont les piliers de son équilibre. Détruire cet équilibre,  ce  serait le détruire.  Alors la mère reste là  tandis que la petite voudrait qu’elle divorce,   parce qu’elle a envie d’être heureuse.    Elle dit à sa mère : « L’ambiance est tellement meilleure à la maison quand papa n’est pas là ! ».     Mais la mère est sourde à ses appels et la petite sombre alors dans une dépression muette et se met à détester  cette mère qu’elle a adorée et qui aujourd’hui la déçoit tant  de rester lâchement dans ce mariage qui ne fonctionne pas,  dans cette non-vie où ils végètent à quatre.    Elle essaie de se rapprocher de son père,  sans grand succès.    Elle a maintenant quatorze ans et elle se jette dans les bras du premier venu.    La mère n’est pas dupe et un matin elle lui dit : « Tes règles sont trop importantes,  tu risques de devenir anémique,   nous allons te faire prescrire la pilule »,  et sa fille d’approuver.     Mais un jour c’est la crise.    Elle a parlé à son père,  elle lui a posé la question qui la taraudait : « Damien était-il l’amant de maman ? »,  et le père a répondu que oui alors que la mère avait toujours pris soin de ne rien dire, de ne donner aucune preuve.

Tout éclate,  la petite se sent trahie comme jamais,   par cet amour d’enfance une deuxième fois, et par sa mère surtout qui le lui a volé.     Et ainsi elle se met à haïr cette mère,   comme elle n’a jamais haï.   Elle n’attendra plus qu’une chose : partir de cette famille où rien n’est vrai   pour construire enfin un monde où elle sera heureuse et aimée.  Elle y parviendra et la haine de sa mère sera sa force.

Un couple qui dérange

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Ils sont assis dans leur restaurant favori et font la connaissance d’un nouveau maître d’hôtel.   Elle a une personnalité forte et extravertie,  elle commande et parle en premier tandis que son mari se tait et la laisse diriger.   Voilà que le maître d’hôtel n’accepte pas cette façon de faire,   il répond à la cliente de manière impertinente et bien sûr elle réplique, à juste titre.    La  passe d’armes sera brève,  elle va bien vite le remettre à sa place et rapidement il va la respecter et s’incliner.   Mais alors il s’en prend au mari,  ce faible, selon lui, qui se laisse dominer par son  épouse.    « Alors ainsi vous allez boire de l’eau et regardez Madame boire du vin,  sans sourciller ? ».   C’est vrai que le mari n’aime pas l’alcool et qu’elle l’apprécie en accompagnement d’un bon repas.   Et alors ?  De quoi se mêle-t-il ?  Mais, elle laissera son mari se défendre seul.   Il est fini le temps où elle lui servait de bouclier et prenait les coups à sa place…

Leur couple ne correspond pas au schéma classique,  homme fort,  protecteur et dominant,  épouse soumise et docile.   Cela dérange, surtout chez les hommes machos et les femmes qui les accompagnent  – et il y en a beaucoup de ces  couples – .    Elle n’a pas compris tout de suite cette incongruité de leur agencement.   Aussi c’était elle qui défendait leur territoire face au voisin sans gêne qui marchait sur leurs plates bandes.    Bien sûr le combat était rude,  l’épouse du voisin se tenant intelligemment en retrait.      Lorsqu’un ouvrier venait faire un travail à la maison,  elle a compris que la position dissimulée de son mari posait problème et qu’il y  aurait rébellion.    Aussi maintenant lui confie-t-elle le soin de gérer les ouvriers et les relations  avec les voisins mâles.    Ne peut-il pas monter au créneau lui aussi ?    C’est qu’il s’accommode très bien de cette épouse dominatrice.    Il ronronne dans son coin,  appréciant qu’elle défende le territoire  alors que lui se contente d’être le repos de la guerrière.   Ras-le-bol de ces empêcheurs de tourner en rond  qui l’obligent à sortir de sa léthargie et de son cocon douillet !   Il a été très content qu’elle ait réglé le problème de ce chien hargneux  qu’une voisine et ses filles laissaient courir dans le quartier  au risque de morsures pour les enfants et les adultes.    Personne n’osait rien faire.   C’est que ces femmes tenaient le haut du pavé.   Mais elle,  elle est allée sonner à leur porte et demander qu’on tienne ce chien agressif sous contrôle.    Il s’en est résulté un crêpage de chignons historique.   Ces harpies  ne voulaient rien entendre.   Elles l’ont insultée.  Qu’importe,  elle a fait appel à l’agent de quartier qui l’a écoutée et lui a donné raison.    Les irrespectueuses ont fini par fermer leur grille et le chien est devenu inoffensif.    Alors on lui a dit  qu’on  était content,    que tout le monde craignait ce chien,    mais personne n’osait rien faire…   Elle, elle avait osé.   Cela a-t-il fait taire les jaseurs et les jaseuses  qui disent qu’elle a mauvais caractère ?

Avec  certaines femmes,  cela se passe beaucoup mieux.   Elles apprécient la douceur   et   l’humour,  de cet homme discret.   Elles  voient d’un œil ravi que l’épouse mène la danse et s’amuse à jouer  les maris goujats.    « Je suis en panne de lave-vaisselle »,  dit l’une  –  Je te prête le mien,  répond-elle en désignant son mari du nez.    L’autre rit et rétorque : « Mais si tu me le prêtes,  ce ne sera pas seulement pour faire la vaisselle…  il  a quel âge au fait ?   Trente-neuf  ans ? »  –   Quoi répond l’épouse ironisant,   qu’est-ce que tu dis ?  Tu vas le gonfler d’orgueil,   je ne pourrai plus le tenir !  L’autre saisit immédiatement.    « Quarante-cinq ? ».   Elle fait la moue.   « Cinquante ? ».  –  Voilà,  c’est beaucoup mieux.   Et à trois ils partent d’un bon rire.    Juste à côté,   la voisine de table à cette fête intervient  réprobatrice,  envieuse : « Eh  bien,  je crois que je devrais apprendre de vous… »,  et elle s’éloigne un peu de son compagnon qui pavoise tandis qu’elle reste éteinte à l’écouter.

Avec le temps elle a pris conscience que jouer les bravaches n’était pas à son  avantage,   que c’était elle qui prenait les coups tandis que lui restait confortablement au foyer.    Alors,   maintenant,  elle l’envoie de temps à autre au combat et se protège.    Mais lorsqu’il s’agit de plaisir,   de choisir et d’organiser les vacances  par exemple,  elle reprend les rênes.   Il apprécie qu’elle décide à sa place.   Et s’il y a un couac,  elle ne pourra s’en prendre qu’à elle-même.  De son côté  elle a décidé de faire aussi la vaisselle …  Il est très content et elle aussi.    Ils ont trouvé un équilibre qui correspond à leur personnalité,   même s’il y  a un peu perdu.

 

 

 

 

 

Une princesse de conte de fées

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Elle s’est installée dans la plus belle villa du quartier,   après que l’épouse légitime s’en  soit allée.    Elle a pris sa place sans coup férir,   après s’être fait prier pour quitter son cagibi miteux.    Elle promène sa silhouette effilée en tournant gracieusement sa tête ornée de longs cheveux blonds qu’elle teint soigneusement pour qu’il n’y ait jamais de repousse.    Elle ne se gêne pas pour mentir et dire qu’elle est naturellement blonde.    Elle a  les yeux très bleus et le teint hâlé grâce à ses séances de banc solaire.

C’est une revanche pour elle de revenir dans ce quartier où elle a grandi,   enfin,  pas tout à fait,  elle a grandi dans la cité ouvrière toute proche,   dans une famille d’accueil où les filles étaient râblées et les garçons vulgaires.    Elle s’est toujours sentie différente et lorsqu’elle a appris qu’on était allé la chercher à la pouponnière,   cela n’a fait que confirmer sa croyance.   Peu assidue aux études,  elle n’a pas décroché de diplôme,   son salut devant lui  venir de sa naissance et de l’arrivée du prince charmant  qui lui donnera enfin ce qu’elle mérite :   or,  bijoux,  adulation …      Elle a soigneusement ajusté sa mini-jupe,  ouvert  son corsage juste ce qu’il faut et s’en est allée tourbillonner devant les fils de famille,   aux poches bien garnies.    Et un bellâtre,   sensible à sa beauté  ostentatoire,  l’a remarquée et s’est laissé embobiner au point de l’épouser.

Seulement voilà,  quand la porte se referme et que les masques tombent,   elle n’a plus grand-chose à offrir.    Aussi au bout de quelques temps,  le bellâtre,  cet enfant gâté,  qui voulait faire d’elle son trophée,  s’en alla respirer d’autres parfums.    Et cocue, elle se retrouva au grand plaisir de ses beaux-parents qui n’avaient jamais approuvé que leur fils élevé avec le plus grand soin marie cette arriviste sans éducation.    Aussi furent-ils ravis de la voir divorcer et s’en aller,  pleine d’orgueil bafoué, sans la moindre pension alimentaire.  Retourner vivre chez ses « parents » était impensable.    Elle ne s’était pas privée de les traiter de haut durant son mariage et même avant.    Ils devaient ricaner maintenant de la savoir à la rue.  Elle n’eut d’autre choix que de se trouver un travail,   ce qu’elle fit sans trop de difficulté,   car elle était jolie,  séductrice et ses quelques années de mariage dans un « bon milieu »  lui avaient appris  les manières.   Elle devint donc vendeuse dans une boutique de vêtements de luxe pour hommes.    Et bien sûr se remit en chasse d’un prince charmant digne de ce nom,   ajoutant à son scénario de princesse égarée,   celui de princesse trahie.   Certes elle était à nouveau en contact avec des hommes aisés,   cependant,  mine de rien,  les années  avaient passé,   et les proies les plus désirables avaient été capturées.   Mais il en fallait bien plus pour la démonter,   elle aurait ce qui lui revenait de droit,  dût-elle l’arracher à une autre.   Il lui fallut quelques années,   des années où elle accumula de la rancœur,   où elle devint princesse  victime du mauvais sort,   pour prendre dans ses filets une proie de choix,  enfin de son choix,   qui sans qu’elle n’en ait conscience ressemblait comme deux gouttes d’eau à son ex-mari,   un autre bellâtre plus attaché aux apparences qu’aux véritables qualités humaines.   Ainsi,  il délaissa pour elle épouse et enfants,  du moins c’est ce qu’il lui dit, et l’installa dans sa luxueuse villa  à deux pas de là où elle avait grandi.    Elle s’empressa d’abandonner son travail,   croyant mener enfin une vie de princesse en son château,  vie à laquelle elle avait toujours su qu’elle avait droit. Elle ne comprit pas qu’on lui demandait seulement d’être une potiche à exhiber,   un matelas confortable pour la nuit et  une soubrette en  talons hauts pour la journée.    Et tout vira de nouveau à l’aigre sur base d’un malentendu fondamental.    En trois ou quatre ans,  elle se retrouva à nouveau à la rue et s’offusqua de la lettre que son compagnon – il s’était bien gardé de l’épouser – adressa aux services sociaux pour qu’elle obtienne logement et allocations.    « Il me tue », s’écria-t-elle,  face au texte de cette lettre qui lui renvoyait l’image de ce qu’elle  était et non pas de ce qu’elle imaginait être.   La lettre disait ceci : « Pouvez-vous faire rapidement le nécessaire pour Madame X,   une femme sans formation,  sans ressources et sans logement,   se retrouvant dans une situation de  grande précarité. »

Elle réussit à échapper au « logement social » grâce à la naïveté d’une amie qui lui loua un studio pour une bouchée de pain.    Avec de l’argent grappillé  on ne sait où,    elle s’acheta un cabriolet rutilant  qu’elle exhibait  en se promenant,   affublée de lunettes de soleil et d’un foulard telle Grace Kelly sur la corniche.     Bien sûr elle partit pour un troisième tour,   un quatrième…   Cela tournoyait de plus en plus vite si bien qu’elle finit par s’accrocher à son boulot et à son logement.   Celui qui la voudrait devrait d’abord lui passer la bague au doigt et lui signer un contrat en béton.  De sorte qu’elle vieillit maintenant seule dans un petit appartement,  avec un petit salaire.     Elle se console  chaque soir  de l’idiotie des hommes avec une bouteille de whisky.   Elle a compris que le prince charmant ne viendrait plus,  mais ce n’est quand même pas pour cela qu’elle épousera ce petit veuf bien propre, retraité des postes,  qui lui a fait sa demande.    Elle n’est quand même pas tombée si bas !

 

La prof de gym et son élève

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Olga,  soixante-cinq ans, retraitée de l’enseignement, donne un cours de gymnastique pour les seniors.   Cela l’amuse beaucoup de voir ces femmes vieillissantes qui sont moins souples qu’elle et qui viennent lui demander conseil.   Elle s’offre de bonnes parties de rigolade et cela tourne rond tandis que le cours lui apporte de quoi  améliorer ses fins de mois.   C’est que sa carrière n’a pas été complète et, divorcée depuis  près de trente ans,   elle ne roule pas sur l’or.  Elle connaît  toutes les ficelles pour épargner le moindre sou,   elle porte en permanence un jogging informe  sur son corps râblé.  Au premier regard,  on voit  qu’elle n’a plus approché d’homme depuis de longues années et que cela ne lui manque pas.  Elle donne cours à sa manière.   Elle est soucieuse de préserver la santé de ses élèves et leur enseigne le bon maintien et l’entretien de leurs articulations.   Jamais elle ne donne d’encouragement,  elle se contente de corriger les défauts,  parfois sèchement.    On s’en accommode ou on s’en va.    Elle-même s’accommode bien de la nonchalance de la plupart,  alors chacun ronronne dans son train-train.

Un jour arrive Elodie.   C’est une femme au foyer  qui prend de l’âge et se soucie d’entretenir son corps d’une façon plus méthodique.   Elle a toujours pris soin d’elle et cela se voit.    Certes  elle n’a plus son corps de vingt ans,  mais elle « porte beau ».    Elle arrive vêtue d’un body  moulant et de collants noirs,   les ongles faits,  le visage maquillé.   Sa démarche est souple,   elle ne souffre d’aucune douleur  contrairement aux autres élèves.    Le petit groupe l’accueille gentiment,   mais elle reste un peu à l’écart d’être nouvelle.    Elle a du mal à participer aux rigolades,  par contre elle s’applique aux exercices qu’elle réussit plutôt bien.    Tant qu’elle reste effacée et silencieuse tout se passe bien.     Olga la toise et se contente de corriger ses exercices.   Elodie rentre ensuite chez elle retrouver un mari qui la choie depuis trente ans. Ils s’offrent un restaurant gastronomique et parlent de leurs prochaines vacances dans un endroit paradisiaque.

Au fil du temps,  Elodie gagne en confiance et se met à participer aux conversations.    Elle sait amuser la galerie,  elle ne manque pas d’humour,   habituée à cet exercice par son mari qui en déborde.   Mais elle est naïve.   Femme au foyer,  elle n’est pas rompue aux roueries de l’existence.   Elle aime se mettre en valeur au cours de gym et arbore de jolies tenues seyantes et colorées,  elle arrive perchée sur des talons hauts,  alors qu’Olga ne quitte jamais ses baskets,  elle parle de ses prochaines vacances,   de son étoilé favori…  Quand elle réussit un exercice,    elle aimerait qu’Olga reconnaisse ses mérites.   Elle a gardé une âme d’écolière.   Alors Olga la raille : « C’est bien, tu auras un bon point ».   Par  contre,  à la moindre imperfection,  elle ne la rate pas : « Tiens-toi plus droite ! Attention tu pousses trop le menton en avant ».    Elodie finit par prendre la mouche.   C’est qu’elle est susceptible.   Alors elle répond vertement à certaines railleries d’Olga,  qui rétorque en rigolant : « Hahaha,  ça va mal si on ne peut plus faire de l’humour   –   Mais moi aussi je fais de l’humour »,  siffle Elodie…    Bref  cela s’envenime.    Aujourd’hui  Olga s’est lancée dans une tirade  sur les méfaits des talons hauts pour la santé  du dos.    Elodie a laissé passer.    Eh oui,   on est tellement plus jolie en talons hauts et vêtements sexy  qu’en baskets et tenue lâche.     Elle a bien compris maintenant qu’Olga l’envie.    Elle se dit qu’elle doit grandir,   ne plus se laisser atteindre par les railleries d’Olga puisqu’en fait Olga ne rêve que d’une chose,   c’est d’être une femme choyée comme elle qui mène une vie d’enfant gâté.    Lui demander de lui faire des compliments,   c’est de la stupidité !   Réveille-toi Elodie !

Mais un jour la voiture d’Elodie tombe en panne, alors que son mari est en conférence à l’étranger.    C’est le jour du cours de gym.   Elle téléphone à Olga pour s’excuser de son absence et lui en donne la raison.   Et voilà que Olga,  à sa grande surprise,  a une réaction à laquelle elle ne s’attendait pas : « Alors,  tu es seule et sans voiture,  dans ton coin isolé,   veux-tu que je vienne te chercher pour venir au cours ?  Veux-tu que je t’emmène pour faire les courses ? »    Elodie est sidérée,   elle accepte de vive joie.      Et les voilà elle et Olga dans la caisse à savon de cette dernière,  en route pour le super marché.   Elles font chacune leurs provisions,   Olga en produits blancs,   Elodie choisit les marques comme d’habitude.    Elles se retrouvent dans la villa cossue d’Elodie autour d’un thé qu’Elodie fait infuser avec soin pour Olga.     Au grand étonnement d’Elodie,   Olga s’épanche  sur ses problèmes de santé et Elodie l’écoute attentivement,  ce dont Olga lui est reconnaissante.    Personne ne s’intéresse dit-elle à ce qu’elle peut ressentir,   elle doit juste « animer » ses cours et les rendre agréables pour la plupart de ses élèves dont certaines ont été jusqu’à lui reprocher de vouloir parler d’elle. « Merci Elodie de m’écouter et de me comprendre.   Dans ma famille,  on se contentait de souligner ce qui n’allait pas, on n’avait jamais de récompense pour ce qui allait bien,  j’en ai beaucoup souffert ».   «  Pourquoi fais-tu pareil alors ? », pense Elodie, mais elle se tait.    Puis Olga,  s’intéresse à Elodie : « N’est-ce pas difficile de rester toujours seule à la maison avec un mari absent la plupart du temps ? »   –  Oh,  répond Elodie,  je fais son secrétariat,  je réponds au téléphone…     Et soudain  Olga : « Et tu fermes les yeux,  lorsqu’il part en conférence avec une maîtresse ? »  –   Joker,  dit Elodie en souriant…     Elles se sont comprises.    Elles ont remis les pendules à l’heure et signé tacitement un traité de paix.

Le soir même le mari d’Elodie lui a donné son feu vert pour qu’elle loue une voiture  le temps que le joli coupé qu’il lui a offert   regagne son garage.

Mais entre Olga et Elodie,  rien n’est plus pareil.    Du jour au lendemain elles sont devenues amies et c’est Olga qui a fait le premier pas.    Elodie,  ne l’oubliera pas.

 

Miroirs

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Elle a préparé la table pour le réveillon de Noël.   Elle a dû tirer l’allonge car ils seront nombreux.    Sept en tout.    Elle et son mari reçoivent sa mère, sa fille et son fils accompagnés chacun de leur conjoint.    Elle a acheté une nouvelle nappe et des décorations.   Des décorations rouges,  la couleur préférée de sa fille,   des bougeoirs en forme de nénuphars et des bougies rouges sur la nappe taupe.   Des fruits d’automne sont éparpillés entre les assiettes de porcelaine blanche et les verres en cristal.

Elle n’a pas lésiné sur les frais,  elle a choisi des fruits de mer chez le meilleur traiteur,   des huîtres,  du homard,  des langoustines,  des tourteaux…    Elle sait que sa mère et sa fille en raffolent.    Elle aussi.    Le sapin est garni et il brille dans le salon.    A son pied de multiples cadeaux sont amassés.   Le champagne trône dans le seau à glace.

Son fils arrive en premier.   Il est allé chercher sa grand-mère à l’autre bout du pays.  Cela lui a fait deux heures de route.   La vieille est à peine arrivée qu’elle distribue ses instructions et ses remarques acerbes.    Les huîtres ont-elles été bien ouvertes ?   N’a-t-on pas perdu du jus ?   « Oh si,    je vois qu’on a perdu du jus,   qui est l’incapable qui les a ouvertes ? »,  dit-elle en regardant sa fille qui ne répond pas,  un sparadrap sur la main.    Et la vieille ajoute : « Et en plus il y a des  éclats !  Quel mauvais travail ! ».    Elle est en forme et ne va plus s’arrêter.    Voilà sa belle-fille qui arrive.   Douce,  gentille,   elle demande si elle peut  aider.    Enfin sa fille et son beau-fils  sonnent à la porte à peine en retard.   Elle les accueille dans le hall et propose à sa fille de mettre son manteau au vestiaire.   Celle-ci répond en soupirant : « Oh non ça m’embête je le laisse là »,  en le déposant sur l’escalier, et sans autre mot pour sa mère elle va rejoindre les autres.    Inquiète la mère demande à son beau-fils : « Elle est de mauvaise humeur ? », et d’une mimique celui-ci lui fait savoir qu’elle ne doit pas prêter attention.     Avec lui, elle range les manteaux puis ils se dirigent vers le salon.      La grand- mère accapare sa  petite-fille.   C’est son dieu,  elle ne voit qu’elle.     Il  semble à la mère que sa fille a encore grandi.   Et puis elle comprend en voyant ses bottines : des talons de douze centimètres.   Sachant qu’elle mesure plus d’un mètre septante cinq,   on comprend pourquoi elle domine  son monde…   Ses cheveux courts sont gras,  elle n’a pas pris la peine de les laver,   son maquillage est exagéré.   Elle va vite prendre la parole et ne plus la laisser à quiconque.    Elle domine de la taille,  elle domine du verbe.   Les autres n’ont qu’à se taire et à approuver béatement.    La vieille l’adule,   applaudit à son arrogance.   La fille parle d’une voix forte et fluide de sujets qu’elle est seule à maîtriser et qui n’intéressent qu’elle.   La vieille est aux petits soins pour son idole.   « Prends les huîtres pleines  de jus ! ».    Et le beau-fils dans sa barbe qui murmure suffisamment haut pour qu’on puisse l’entendre sauf la vieille qui est aussi sourde d’oreille que de cœur : « Oui et laisse le moins bon aux  autres surtout ! ».    La vieille devient la risée de la tablée,    le jeu est mené par sa fille et son beau-fils.    Quand l’aïeule demande au mari : « Ce sont des huîtres de Zélande au moins ? » et que le mari répond : « Non de Cancale »,  la fille susurre à son père : « Mauvaise réponse… il fallait dire,   oui,  ce sont des huîtres de Zélande ».   Elle se dit que sa fille est fine pour gérer la drôlesse.    Est-ce pour cela que la vieille l’adore ou sa fille est-elle plus fine parce qu’elle  ne subit aucune attaque ?  Ou n’est-ce pas simplement qu’elles se ressemblent ?  Que l’une voit dans l’autre ce qu’elle aurait voulu être et que la jeune est ravie des baffes que la vieille distribue alentour,  sauf à elle bien-entendu ?  « Veux-tu du pain ?  de la mayonnaise ? », dit la vieille à sa petite-fille,  et avant qu’elle ne réponde, elle hèle  le mari comme s’il était le serveur.     Son fils et son beau-fils le nez  dans leur assiette s’amusent à imiter les réflexions de la vieille  qui se goinfre.   Elle mange beaucoup plus que sa part,  de sorte que la mère doit se passer de homard.    Sa fille continue de pérorer sous le regard admiratif de sa grand-mère.    Son fils tente d’intervenir pour diversifier la conversation et exister un peu,  mais il se fait clouer le bec par sa sœur.   « Oui, tais-toi, toi ! »,  lui lance  la vieille en écho.    Sa douce petite belle-fille lui murmure : « Elles sont imbuvables.. .».   La mère répond par une grimace qui signifie qu’on ne peut que les supporter.      Quelle idée elle a eue de vouloir rassembler ses enfants et sa mère!    Elle a rêvé d’une belle tablée harmonieuse,   d’une famille unie, du cliché de Noël.   Elle n’a pas encore compris que chez elle ce n’est pas possible,  qu’il y a deux troublions qui gâchent la fête.

Enfin tout le monde s’en va.    Il n’y a eu d’éclat que de coquille d’huître…    Elle a stressé toute la soirée.   L’aïeule va se coucher,  elle loge chez elle.  Son mari la reconduira le lendemain matin après le petit-déjeuner.

C’est alors que calmement la vieille dit : « Ah quelle belle soirée !   Quelle belle famille nous formons ! ».   Et elle est sincère.  Elle peut mourir tranquille,  sa relève est assurée.  Sa petite-fille persécutera le reste de la famille,  après qu’elle-même l’aura fait toute sa vie.

 

L’avocat des riches

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C’est un  avocat de haut niveau,   c’est son amant.     Elle l’admire,  elle la femme effacée qui vit très modestement.    Il parade devant elle et cela lui fait du bien,   cette admiration qu’elle a pour lui.

C’est que dans ses affaires il côtoie le grand monde.  Milliardaires, héritiers de grandes fortunes  défilent dans son bureau ou plutôt c’est lui qui est convoqué dans les leurs.   Ces hommes  ont l’assurance et l’arrogance de ceux à qui tout appartient.    Il ne le lui dit pas,  mais elle devine qu’ils le traitent comme un larbin,  un de plus,  parmi la cour de leurs domestiques.    Ils l’invitent dans leur antre,  il voit leur luxe et il se sent tout petit.

 C’est si bon d’être dans ses bras à elle,  qu’il pense  naïve au point de croire qu’il est un grand homme alors qu’il n’est un serviteur des riches dont il ne fait pas partie et ne fera jamais partie à moins de gagner à la loterie.   Il prend d’ailleurs un billet chaque semaine.

Ces bénis du ciel  jouent à des jeux pervers.   Ainsi un l’a fait venir jusque dans sa salle de bain pour lui montrer son corps nu,  superbe à un âge avancé.   Il a piscine intérieure,  médecin personnel,  kinésithérapeute et coach à domicile,  lui dit-il,  la mine déconfite.     Cet autre le convie pour un séjour dans une de ses résidences en même temps qu’un avocat concurrent qui convoite le pactole que représente un  client aussi aisé.    Et il les regarde se bagarrer,   comme un spectateur de combat de coqs qui comptera les coups et applaudira à la  mise à mort.

Elle le recueillera et le reconstruira dans leur hôtel  quand il aura subi les pires humiliations,   elle se réjouira avec lui lorsqu’il aura pris une revanche symbolique sur un rival ou mieux sur un client.

Ces clients-là, elle ne les connaît que par lui,  mais elle les imagine.   Ils ont tant d’argent qu’ils ne savent plus quoi en faire,   alors après avoir vécu le frisson de la possession d’une grande fortune,   les jeux du sexe et les partouzes,  ils cherchent l’adrénaline ailleurs.   Dans l’escroquerie par exemple.    Ils s’amusent à frauder le fisc,   non pas pour gagner encore plus d’argent,  mais pour se sentir vivre à nouveau,  car  ayant tout épuisé des plaisirs légaux,   ils tentent le crime et un jour ils se font prendre.    Non pas à leur grand dam,  mais plutôt à leur grande satisfaction,   car de nouveaux frissons apparaissent, des jeux de pouvoir encore inexpérimentés,   de nouveaux larbins,   les juges,  les avocats pénalistes.    Bref,  ils n’ont pas fini de s’amuser…

Elle, elle n’envie personne. Elle  ne joue pas dans la cour des grands et cela lui convient bien.   Elle aime regarder Dowton Abbey à la télévision et admirer les décors et les toilettes,   comme on regarde des œuvres d’art dans un musée.    Au fond, elle a plus de chance que lui.    Elle n’achète pas de billet de loterie,  car elle sait que c’est un impôt supplémentaire,  dont elle peut se passer.

Jusqu’il y a peu,  elle lui disait que c’était son métier,   que c’était ainsi qu’il gagnait sa vie et qu’il devait garder une distance,  comme un médecin par rapport à ses malades,   que lorsqu’il rentrait le soir chez lui,  il pouvait déposer son costume des grands soirs,  cesser de paraître ce qu’il n’était pas et reprendre sa vie.    Il se consolait ainsi, pensait-elle.     Mais voilà que quelque chose est venu bouleverser cette vie privée qu’elle croyait  protégée.    Peut-être emporté par ses récits,   son fils a conquis le cœur d’une héritière,   une fille aux parents richissimes qui l’invitent lui le simple avocat et sa famille dans des restaurants de luxe ou pour de somptueuses vacances.   Il ne peut refuser,  mais n’a pas les moyens  de rendre la pareille…  Il dissimule mal son agacement,   son dépit face au beau-père de son fils qui lui fait des cadeaux aussi onéreux qu’humiliants…

Alors il n’est plus à l’abri nulle part sinon dans ses bras.  Il la pense crédule,  il fait la roue,   lui offre un lainage en cachemire,  des dessous de soie.    Elle applaudit, elle le remercie,   elle le laisse croire qu’il l’impressionne,   il n’a plus que cela…    que serait-il sans elle ?

Mais elle,   elle a le sentiment d’en avoir fait le tour,  de tout connaître de lui. Elle s’ennuie de ses histoires toujours semblables,  de son corps usé avant l’âge.   Bientôt,  elle va le laisser à sa vie et se choisira un amant plus jeune et plus fringant.

 

« Mitraillette »

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Mon cousin s’approche de moi et me susurre d’un air goguenard : « Tu connais ce type ? »

 –  Oui,  c’est le voisin de mes parents depuis toujours.

 –  Tu sais comment on l’appelait aux chemins de fer ?

 –  Non.

  – On l’appelait « Mitraillette ».   Tu devines pourquoi…

Oui j’imagine que ses collègues de la société des chemins de fer,  ou du moins certains,  n’étaient capables de ne voir que son défaut de prononciation…

Cela ne me fait pas rire.    Albert,  le voisin de mes parents, est un homme que j’apprécie beaucoup au point d’en oublier qu’il bégaie,  sans que cela ne ralentisse son débit de parole,  au contraire,  dirais-je.  De là son surnom.  Il faut un certain entraînement pour le comprendre,  mais je l’ai.    J’ai eu le  temps d’apprendre pendant toutes ces années.

Il est des surnoms méchants qui n’apportent rien.    Ainsi le prêtre de mon enfance se faisait appeler « Clignoteur »,  à cause de ses tics faciaux.    Il  y en a d’autres qui sont flatteurs par inadvertance : un de mes amis avait reçu celui de « Gandhi »,  en raison d’une ressemblance physique certaine,  mais, et c’était involontaire de la part des auteurs,   il avait aussi un fond de sagesse et d’amour de la paix,   qui faisait que ce surnom  lui convenait parfaitement et le caractérisait bien.    Un ami de mes enfants avait hérité de celui de « Professeur Tournesol »,   et cela faisait beaucoup rire les chenapans qui le lui avaient attribué,  mais quand on sait que cet enfant plus savant que les autres est devenu un chercheur qui donne des conférences dans le monde entier,   on se dit qu’il y avait là une prémonition bien involontaire. Une fratrie de six enfants avait surnommé la cadette «  la vache sacrée »   ce qui était révélateur de l’attitude des parents et des sentiments des uns et des autres.

Quoi qu’il en soit ces sobriquets sont rarement bienveillants et celui qui les  reçoit doit apprendre à ne pas se laisser détruire.    C’est apparemment ce qui s’était passé pour « Mitraillette ».    Il s’attelait à son labeur de piocheur et prenait soin de sa femme et de leurs trois enfants,  dont aucun n’avait hérité de son défaut de prononciation.   Il devait trouver dans sa gentille famille assez de force pour faire face aux brimades,  et  donner beaucoup d’amour à ses proches,  car ses enfants poussaient bien,   en pleine santé et heureux de vivre.  Son fils suivit les traces de son père et entra à la société des chemins de fer,  mais pas comme piocheur.   Il y gravit les échelons et devint chef de gare,   une belle revanche pour « Mitraillette » qui en était très fier.    Sa fille aînée choisit le métier d’infirmière qui demande de l’énergie et du cœur,  qualités apprises au sein de sa famille.    Quant à la cadette,  une blondinette, née sur le tard,  elle se découvrit la bosse des maths et devint cadre informatique.  Les trois enfants se marièrent heureusement et il naquit une kyrielle de petits-enfants.

Aujourd’hui j’ai assisté aux funérailles d’Albert.    J’ai vu toute sa famille réunie,   j’ai entendu ses petits enfants raconter les anecdotes qui leur  étaient chères,  leurs souvenirs d’enfance avec ce grand-père dont la bouche délivrait les paroles par saccades peut-être,  mais dont l’amour ne connaissait pas le bégaiement.

J’ai pensé que cet homme simple avait réussi là où beaucoup échouent,  fonder une famille où frères et sœurs,  cousins, cousines s’entendent et se soutiennent.   Je sais à quel point c’est difficile.

J’ai eu des nouvelles  de mon cousin,    l’ancien collègue de « Mitraillette ».   Contrairement à lui,  il n’a pas été au bout de sa carrière de cheminot.    Il est resté célibataire et il tient une baraque à frites peu fréquentée.   Il est notoire qu’il boit trop.     Mais il est vrai qu’il n’a pas de sobriquet et n’en a jamais eu,   du moins à ma connaissance.    Il est de ceux qui se moquent des autres et dont on ne se moque pas.   Et je me dis aujourd’hui,  qu’il ne connaît pas l’essentiel de la vie.

Le maître d’hôtel

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Elle avait l’habitude de déjeuner dans ce restaurant cossu du centre ville.  Elle en aimait les murs en pierres, les plafonds voûtés, l’ambiance feutrée.     A la tête d’un cabinet d’avocats,  elle y invitait régulièrement son bras droit, un homme effacé mais indispensable,  afin de discuter affaires ou de célébrer un succès. Le personnel la connaissait et la choyait.  Elle appréciait Marisa,  le maître d’hôtel et Damien le sommelier.    Elle se plaisait à discuter cuisine avec l’une,  des vins qu’il lui servait avec l’autre. Damien avait appris à connaître ses goûts et ne laissait jamais son verre vide.  Il était très respectueux et très à l’écoute de  ses souhaits.    Entre Marisa et Damien,  elle trouvait un  grand confort qui contribuait autant à son plaisir que la qualité des mets et la conversation de son convive, souvent ennuyeuse à vrai dire.   Chacun à leur manière Marisa et Damien flattaient son ego de femme autoritaire et dominante sans que son collaborateur ne pipe mot.  C’était elle qui passait commande,  choisissait et goûtait le vin,  tandis que lui se taisait et  profitait en silence de ses choix toujours judicieux.  Il la laissait intelligemment occuper le devant de la scène et en tirait de multiples avantages.

Il y avait dans ce restaurant,  beaucoup de changements dans le personnel,  mais il semblait à la femme que Marisa et Damien,  si compétents l’un et l’autre, seraient toujours là pour s’occuper d’elle.

Quelle ne fut pas sa surprise,  un jour de janvier, de ne pas les trouver au poste. A leur place, une seule personne officiait : un homme grand et rondouillard, le verbe haut, qui s’empressa à l’installer, comme s’il avait toujours été aux commandes. Cette  assurance,  déplacée à son sens chez un nouveau venu,  lui déplut  immédiatement.

Où étaient donc Marisa et Damien ? Elle demanda discrètement à une serveuse, mais celle-ci mal à l’aise répondit qu’ils ne faisaient plus partie du personnel et qu’elle n’en savait pas plus.

Elle observait l’homme.   Elle le trouvait ridicule,  boudiné dans son bel habit,  avec sa démarche à petits pas et ses grosses fesses plates.   Enfin,  s’il était compétent,  elle oublierait ces détails.  Elle vit qu’un wifi était désormais disponible et elle s’adressa à lui pour en connaître le code.   « Je veux bien vous le donner, répondit-il, l’œil brillant, « mais  votre voisin va connaître un grand moment de solitude… ». Elle déjeunait comme d’habitude avec le même collaborateur incolore et l’impertinence de la réponse la laissa sans voix.

Elle entama son déjeuner et n’y pensa plus,  prise par ses affaires.  Lorsque le maître d’hôtel apporta le vin rouge pour le lui faire goûter,  elle lui demanda : « Et quelles saveurs dois-je m’attendre à trouver dans ce vin ? »,  question qu’elle avait l’habitude de poser à Damien.  Mais au lieu de lui répondre comme l’aurait fait son prédécesseur,  l’homme  agita ses bajoues et lui répondit du tac au tac : « Mais c’est vous qui allez me le dire ! ».  C’était trop,   il avait franchi la ligne rouge !   Le vin blanc de l’entrée l’ayant quelque peu désinhibée,  elle répliqua : « Mais vous en prenez bien à votre aise,  cher monsieur,  il semblerait que vous oubliiez que le client c’est moi et pas vous ! » –  Mais pas du tout, rétorqua-t-il en s’esclaffant et il servit le vin sans lui en décrire les arômes.

Elle l’entendait taquiner d’autres clients,  des hommes d’affaires comme elle et elle se dit qu’il ne ferait pas long feu dans cette maison exigeante.  Elle se promit qu’elle n’y repasserait pas avant plusieurs semaines.  Ce serait l’occasion de découvrir d’autres restaurants. Elle s’encroûtait ici !

Et ainsi fit-elle.   Au bout de trois mois,   la cuisine savoureuse  et le décor chaleureux de son restaurant favori lui manquèrent et elle y revint,  espérant que le gros maître d’hôtel n’y serait plus.    Mais hélas,  c’est lui qui l’accueillit dès l’entrée,  visiblement ravi de son retour.   Zut !  Que se passait-il? Des personnes compétentes s’en allaient et on conservait un grossier merle à la tête du personnel de salle ! Il y alla d’emblée de ses impertinences. Constatant qu’elle était seule,  il lui lança  : « Et alors, on vous fait attendre aujourd’hui ? ».  Son invité était effectivement en retard… Elle ne releva pas. Elle avait décidé de l’ignorer et de tenir ses distances. Elle se dit qu’elle allait commander un apéritif.  Elle appela l’homme : « Monsieur ! », et il répondit : »Mademoiselle ? ». Et toc ! C’était toujours flatteur d’être appelée ainsi quand on en a passé l’âge. Il s’empressa auprès d’elle.   Sans sa sécheresse habituelle, elle lui dit : « Vous pourriez me proposer un apéritif, histoire de m’aider à attendre mon invité… ». Il se mit au garde-à-vous et  lui débita la liste des apéritifs qu’il proposait. Elle le laissa puis l’arrêta et dit simplement : « Un bon vin blanc, comme j’en ai l’habitude ! ». Il s’inclina et appela le nouveau sommelier, qui lui n’était pas impertinent et qui lui servit un vin selon son goût. Son invité arriva en s’excusant platement : il avait été pris dans un embouteillage.  Ils déjeunèrent agréablement.  A un moment le maître d’hôtel vint lui-même pour remplir son verre de vin blanc, rôle normalement délégué au sommelier.  « Non merci », dit-elle avec à peine un regard «  je me réserve pour le rouge maintenant », et il n’eut plus qu’à faire demi-tour.

De ce jour les impertinences cessèrent. De son côté,  elle gardait ses distances avec le gros homme et lui se tint mieux à sa place.  Par contre elle sympathisa avec le nouveau sommelier,  qui bientôt,  lui devint aussi agréable que ne l’avait été Damien. Le maître d’hôtel resta à son poste,  faisant son cinéma auprès d’autres qui s’en souciaient moins qu’elle.  Peut-être sans cela, se serait-il cru insignifiant, mais elle évitait désormais de se laisser aller avec lui car c’était un homme qui n’acceptait pas l’autorité d’une femme contrairement à ses collègues,  hypocrites peut-être,  mais sachant mieux y faire.

 

Les bottines de Noël

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Cette année-là  s’achève dans le gris et le froid,  balayée par un vent du nord qui  ne porte  aucun soleil.

Entre elle et sa mère c’est une histoire de conflits perpétuels,   mais sans qu’il n’y ait jamais eu de rupture.

Maintenant sa mère est vieille.    Elle vit seule dans sa maison.    Elle ne manque de rien, bénéficiant d’une retraite confortable,   mais elle est d’une radinerie maladive,  sans doute d’avoir manqué dans sa jeunesse.    La dernière fois qu’elles se sont parlé au téléphone,  la vieille lui a dit qu’elle avait froid aux pieds avec ses baskets d’été…    La fille a été horrifiée.    Elle se souvient de ces baskets qu’elle lui a offertes il y a un certain temps déjà.    Sa mère les porte quotidiennement,   mais on est en décembre,  il gèle.   « Tu devrais t’acheter des bottines ! »,  dit-elle à sa mère.  Mais elle rechigne à  la dépense.

Alors  la fille en commande quatre paires en ligne pour qu’elle puisse choisir,  elle renverra celles qu’elle ne veut pas.    Elle le lui annonce.  « Mais tu es folle, répond la vieille,   cela va me coûter combien ??? » – Rien,  maman,  je te les offre…     –  Ah,  alors…

Quand elle arrive chez sa mère avec son gros colis,  elle se sent comme le Père Noël.    La vieille déballe avec délectation,  elle essaie.    Elle est ravie de la première paire et voudrait s’arrêter là.  « Continue,  essaye les autres »,  lui dit la fille.     La voilà qui essaie les quatre paires.    Il y en a deux qui lui plaisent,    la paire robuste,  qui va par tous les temps et une autre plus fine qui conviendrait pour les sorties.    La vieille bave d’envie.    Elle ne sait laquelle choisir.  En fait elle voudrait  les deux,  mais pour ses sorties quotidiennes les robustes sont plus appropriées que les fines,   qui lui plaisent cependant plus.   C’est qu’elle se retrouve coquette soudain.   « Je t’en offre une paire,  dit la fille,  mais tu peux t’offrir celle qui te fait envie… ».    La vieille ronchonne,   elle conclut : « Je prendrai les robustes,   elles me feront plus d’usage » –  Comme tu veux dit la fille.   –  Oui mais les autres me plaisent plus.    –  Eh bien,   fais-toi plaisir,  offre-toi celles- là !…

La vieille hésite.   Elle tâte le beau cuir luisant,   admire la couleur cognac.   Oui elle est tentée.   Mais sa fille se montre impitoyable,  elle n’offrira qu’une seule paire, sachant que le compte en banque de sa mère est mieux garni que le sien…

La mère fait diversion : « Comment est-ce que je dois les entretenir ? » –  Lesquelles ? répond la fille.      Et la vieille se tait.      Puis : « eh bien admettons que je prenne les fines… » .  –  Tu les imperméabilises dans un premier temps,   et puis,  lorsqu’elles seront défraîchies,   tu appliques une crème incolore et tu fais briller… »    –  Ah, et pour les autres ?  –   Eh bien tu fais la même chose…

La vieille se tourne d’un coup  vers la malicieuse,  prête à mordre.  La fille fait semblant de ne rien voir.    Mais la vieille se tait,  elle espère toujours qu’on lui offrira les deux paires…

« Bien,  dit la fille,  tu peux réfléchir quelques jours si tu veux… »

La vieille  est aux prises avec ses démons.   «Oui , finit-elle par dire,   mais si je prends les deux et que je meure,   cela ira à rien ces bottines… »

La fille la regarde.    Elle n’avait pas pensé à cela.   Elle a beau avoir dépassé le cap entre les jours vécus et ceux qui restent à vivre,  elle est encore les deux pieds dans l’existence.   Elle trouve cependant la réponse qui convient : « Mais non maman,   je les mettrai moi ces bottines,  tu sais qu’on a la même pointure… »

Alors la vieille est rassérénée.    Elle déclare : «  D’accord,  tu m’en offres une et je prends l’autre ».   –  Marché conclu, fait la fille.

Et pour fêter cela,  la vieille débouche une bonne bouteille et sort quelques friandises rassises  de ses armoires.     Elles sont là à trinquer en se regardant avec amour.    C’est que les  disputes se font rares.    Ce n’est pas la vieille qui a changé,  elle reste piquante,  méchante.   Mais la fille a enfin grandi.   Elle a appris à ne plus se laisser atteindre,   à ne plus vouloir répondre aux ignominies. Elle a fait table rase du passé,  de ses rancœurs.    Elle accepte sa mère comme elle est,   elle sait qu’elle ne changera jamais  alors autant la prendre avec philosophie.

Une fois rentrée à la maison,   elle lui téléphone: «  Je suis contente, dit la mère,   on a passé un bon moment,   je trouve que ton caractère s’améliore enfin,   à ton âge, ce n’est vraiment pas trop tôt ! »     Et la fille rit.    Sa mère a raison,   elle a fait beaucoup de progrès !   Et la fille d’ajouter : « N’oublie pas que tu es invitée, comme chaque année pour le réveillon… –   Ah ça j’espère bien,  manquerait plus que tu ne m’invites pas !!!